Baker & McKenzie s’engouffre dans le créneau des nouvelles technologies

Publié le 12/01/2017

Début novembre 2016, le cabinet Baker & McKenzie annonçait la création de BMK Digital, un nouveau réseau pluridisciplinaire consacré aux experts du droit et des technologies. L’intérêt du cabinet international pour le secteur des technologies démontre une nouvelle fois l’importance croissante que prennent ces problématiques dans le droit et au sein du monde économique.

Développé par des équipes composées des avocats d’affaires de Baker & McKenzie et des consultants spécialisés en technologie de Legal & Digital, le réseau pluridisciplinaire BMK Digital permet une offre commune inédite. Lancée début novembre 2016, BMK Digital a pour objectif de répondre aux besoins des entreprises en termes d’intégration des enjeux technologiques dans un contexte juridique. L’ambition affichée par le cabinet d’avocats d’affaires international est également d’accompagner la mutation des métiers du droit en répondant aux besoins de ses clients. La transformation digitale est devenue une réalité tangible qui crée de nouvelles problématiques juridiques, tant dans les domaines de la protection des données personnelles que dans celui de la cyber-sécurité. Arnaud Cabanes, managing partner de la branche parisienne de Baker & McKenzie, a accepté de répondre à nos questions.

LPA – Est-ce que l’on peut affirmer que les problématiques technologiques se retrouvent désormais au cœur du droit ?

Arnaud Cabanes – Oui définitivement, on est sur une matière en pleine expansion. Et si le tournant a été pris depuis un certain temps maintenant, on ressent une accélération aujourd’hui qui s’accompagne d’une prise de conscience des enjeux. Depuis quelque temps, l’actualité juridique est rythmée par les investissements dans le digital de certains cabinets, souvent via des start-up dédiées ou des solutions ; chez Baker & McKenzie, nous avons fait le choix d’écouter nos clients et de partir de leurs besoins pour se positionner avec BMK Digital. Comme on peut l’imaginer, ce nouveau réseau pluridisciplinaire va aussi avoir un impact très fort en interne : les jeunes générations sont très enthousiastes concernant BMK Digital. Cela va permettre de les former avec des experts qui ne sont pas des juristes mais qui vont les initier à l’évolution du digital dans le monde juridique.

LPA – Comment est né le projet BMK Digital ?

A. C. – Depuis environ deux ans, on a constaté de nouveaux besoins chez nos clients qui nous demandent d’intervenir auprès d’eux en ayant recours à des experts en technologie. Deux raisons à cela : la première est l’Administration qui s’est, elle aussi, attachée les services d’experts pour obtenir, lors de contrôles, des renseignements tirés des systèmes d’information de nos clients. L’autre raison, c’est le nombre croissant de normes qui s’appliquent à leurs systèmes informatiques. Nos juristes peuvent offrir un point de vue et s’assurer que la manière dont sont organisés les systèmes est bien conforme aux textes applicables, comptables, notamment. Au départ, nous sommes allés chercher les experts en technologie à l’extérieur pour les recommander à nos clients et fournir cette double compétence juridique et technique. Mais rapidement, on nous a indiqué qu’une simplification du processus était souhaitable en matière d’organisation avec l’intégration éventuelle de ces experts. Nous avons donc eu l’idée de créer BMK Digital, un réseau pluridisciplinaire selon les termes de l’article 16 du règlement intérieur national des avocats, qui a par la suite été autorisé par le conseil de l’Ordre. Cela demande une organisation particulière : les experts en technologie sont dans nos locaux, mais tout en étant séparés par des cloisons pour des raisons déontologiques. Nous avons également des systèmes informatiques séparés.

LPA – À qui s’adresse ce réseau en priorité ?

A. C. – Aux entreprises avant tout. Que cela soit des grandes entreprises d’envergure internationale, ou des PME aux problématiques complexes et qui ont besoin d’utiliser des systèmes informatiques puissants. Nous pouvons intervenir dans quatre domaines : sur le terrain de la conformité de leurs systèmes en matière fiscale, en droit de la concurrence, mais aussi en droit des nouvelles technologies (cyber-sécurité, etc.) et en droit du travail.

LPA – Que va changer l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur les données personnelles en 2018 ?

A. C. – Dès qu’une nouvelle réglementation se met en place, les entreprises doivent s’y préparer puis vérifier que ce qu’elles font est conforme à celle-ci. Le nouveau règlement européen ne fait pas exception et de nombreux sujets sont affectés : le traitement de données personnelles ou le contrôle de la façon dont elles sont gérées notamment. Nos clients nous demandent régulièrement de vérifier avec eux que leurs traitements de données sont conformes aux derniers textes. De plus, ils nous demandent de les assister dans la mise en place du règlement et notamment du « privacy by design », qui est un élément-clé du règlement. Notre alliance prend tout son sens en ce cas.

LPA – La cyber-sécurité est devenue une réelle préoccupation pour les entreprises, est-ce un point que vous avez pris en compte lors de la création de votre réseau ?

A. C. – Tout à fait. Nous avons une belle équipe d’avocats au sein du cabinet qui travaillera sur le sujet avec les équipes de Jocelyn Grignon, gérant de Legal & Digital. Cela nous permettra d’offrir des audits juridiques et technologiques sur la manière dont les entreprises sont organisées pour se défendre contre les cyber-attaques. L’idée est d’offrir les meilleurs dispositifs pour que les entreprises puissent se protéger des attaques qui sont aujourd’hui devenues une problématique incontournable avec des dizaines de milliers d’attaques quotidiennes. De manière générale, les entreprises y résistent assez bien, jusqu’au jour où il y a une faille qui peut être très lourde de conséquences. Les technologies utilisées par Jocelyn Grignon et Legal & Digital vont nous aider, lorsque l’entreprise fait l’objet d’attaques, pour les remonter rapidement et trouver des solutions. Nous souhaitons agir avec une offre intégrée : se préparer en amont et, en cas de crise, on peut arriver chez le client avec le juriste et l’expert en technologie et apporter la meilleure réponse et mettre en œuvre les recours en un temps record.

LPA – Est-ce que ce domaine de convergence entre le droit et la technologie est appelé à prendre encore plus d’ampleur dans le futur ?

A. C. – L’avenir du métier d’avocat passera, de plus en plus, par l’intégration de services de nouvelles dimensions. On a déjà vu, par le passé, des métiers en dehors du périmètre du droit rejoindre les cabinets d’avocats ; je pense aux médecins ou aux ingénieurs, par exemple. Au cours des cinq dernières années, nous avons aussi intégré des économistes qui nous aident à la fois sur la fiscalité et le droit de la concurrence. Notre société est désormais imprégnée par les nouvelles technologies et c’est donc logiquement que l’expertise technologique est vouée, elle aussi, à être mieux intégrée au droit. Au vu de la complexité croissante du fonctionnement des secteurs d’activité, je pense qu’il reste des marges d’évolution importantes avant que ce nouveau marché arrive à maturité. Le Big Data, l’intelligence artificielle et les différentes évolutions technologiques rendent en tout cas ce rapprochement inexorable.

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Référence : LPA 12 Jan. 2017, n° 123e3, p.4

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