GRAND PARIS

Le Grand Paris Express révélé à pied

Publié le 18/09/2020 - mis à jour le 10/11/2020 à 9H31

Le média indépendant Enlarge Your Paris et la Société du Grand Paris, ont orchestré, en août dernier, des randonnées urbaines le long des futures lignes de métro. 12 jours de marche et plus de 200 kilomètres parcourus dans toute l’Île-de-France. Nous avons suivi la neuvième étape de ce tour du Grand Paris Express.

Pour la première et unique fois le rendez-vous fut donné à 11h et non à 10h. De quoi étonner ceux qui n’ont pas été « mis au courant » du nouvel horaire. Heureusement pour eux, le lieu de rassemblement, lui, n’a pas changé : la gare de Noisy-Champs, en Seine-et-Marne, juste à proximité du chantier long d’un kilomètre qui doit permettre l’arrivée dans quelques années des futures lignes 15 Sud et 16 du Grand Paris Express (GPE). Ce sera « une balade plutôt tranquille », prévient Vianney Delourme, l’organisateur de ces sorties estivales le long du réseau du GPE, devant la cinquantaine de marcheurs à l’écoute.

Une mise au point pour les nouveaux venus, quelques explications du parcours, distribution de cartes et de stylos, et le tour embarque pour 6 heures, direction la gare de Chelles. Actuellement 24 minutes précisément sont nécessaires pour relier les deux stations en bus. Dans 10 ans, quand les travaux du plus grand chantier urbain d’Europe seront terminés, les voyageurs n’auront plus besoin que de 4 minutes et d’une station de la ligne 16 pour réaliser la même distance. Une accélération temporelle encore lointaine mais qui reflète bien la réalité du projet du Grand Paris Express. Raccrocher et rapprocher la région en toutes ses extrémités et son cœur économique, social et culturel, Paris. Mais pour l’heure, il faut marcher. « Découvrir les vraies distances entre des lieux qui paraissent éloignés et qui seront desservis par les futurs métros c’est l’un des objectifs de ces marches », explique Vianney Delourme avant de prendre la tête du groupe. Tout le monde semble acquiescer et heureux à l’idée de parcourir une partie de la Seine-et-Marne et de son histoire sur 15 kilomètres.

« Cela permet de découvrir la lointaine banlieue »

Parcourir l’Île-de-France, Vianney Delourme, co-fondateur d’Enlarge Your Paris, le média indépendant qui organise avec la Société du Grand Paris, ce cycle de randonnées urbaines étalé sur 12 jours « les ateliers piétons du Grand Paris Express », en a l’habitude. « Cela fait plusieurs années que nous faisons ces balades autour des lignes de métro qui n’existent pas encore. Nous considérons qu’elles vont transformer la région et marcher permet d’en prendre la mesure », confie-t-il. Prendre la mesure de la démesure pourrait-on préciser. Car flâner et prendre le temps, le long d’un métro souterrain encore à l’état de chantier et qui a pour but d’accélérer les déplacements relève, on le comprend, de l’expérience philosophique. « Cela permet aussi de découvrir la lointaine banlieue et sa beauté qui deviendront accessibles grâce aux métros », précise Patrick Urbain, l’un des initiateurs du tracé piéton total de plus de 200 kilomètres.

Nicolas Kirilowits

La beauté, justement, elle s’immisce partout dans les balades pensées par ces passionnés par le développement urbain de Paris et sa région, et particulièrement lors de notre premier arrêt au château de Champs-sur-Marne. S’il est impossible de visiter l’édifice du début du XVIIIe siècle pour des raisons sanitaires, ses jardins restent ouverts au public. Une aubaine, encore gardée trop secrète et située seulement à 15 minutes à pied de la gare de Noisy-Champs. En bus, il faut plus de 30 minutes pour s’y rendre. Encore faut-il connaître l’itinéraire pédestre. « Il n’y a pas d’explications suffisantes pour le public, pas d’indications pour les visiteurs », explique Laurence Parisot, technicienne des services culturels du château. Cela changera-t-il dans les années à venir grâce au GPE ? « Je ne sais pas », répond-elle plutôt perplexe. Vianney Delourme estime, lui, que « favoriser la marche c’est réfléchir aux endroits où il y a des fractures et à l’héritage du XXe siècle, au tout automobile ». C’est d’ailleurs dans cette optique que tous les participants aux ateliers sont munis d’une carte qu’ils peuvent librement annoter. La synthèse des remarques récoltées en 12 jours de balades, à raison de 40 à 60 participants et d’une quinzaine de kilomètres par jour, permettra ensuite de réaliser une carte piétonne du Grand Paris. À l’heure du métro « express », la marche à pieds n’a pas dit son dernier mot !

Après une pause déjeuner ensoleillée dans le parc du château, notre promenade seine-et-marnaise nous conduit – toujours à pied – à côtoyer une autre période historique du territoire de l’Est parisien : celle de la ville de Noisiel et de sa chocolaterie. Une cité ouvrière fondée au XIXe siècle par la famille Menier qui forma alors un véritable empire industriel et qui abrite – pour quelques semaines encore – le siège social de Nestlé. Sur place se trouve aussi les bâtiments de l’un des acteurs contemporains du territoire, l’établissement public d’aménagement (EPA) de Marne-la-Vallée. Philippe Hermet, directeur opérationnel de l’EPA raconte avec passion aux visiteurs-marcheurs la construction de la ville nouvelle, l’une des 5 que compte historiquement la région Île-de-France, et les enjeux futurs du territoire dans le cadre du développement du Grand Paris Express. « C’est à la fois une énorme opportunité pour valoriser les forces du territoire mais c’est aussi un risque parce que nous serons bientôt en concurrence avec d’autres pôles. Ça relance aussi les constructions de logements et de bureaux. Il y a un grand mouvement des projets urbains vers les gares du Grand Paris », précise-t-il. Et c’est précisément pour mieux saisir ce mouvement que les organisateurs ont souhaité, durant ces 12 jours de randonnées, faire découvrir les terrains défrichés par la voix de ceux qui y vivent et y travaillent. Directeur de l’École nationale supérieure du paysage à Versailles, artiste texan basé dans un moulin à La Courneuve ou encore acteurs institutionnels : chaque promenade est ainsi agrémentée de rencontres. « Pour comprendre ce que devient le Grand Paris, il faut démocratiser la  »fabrique de la ville ». Qui prend les décisions ? Comment les projets sont financés ? Quelle est la place du citoyen ? C’est évidemment d’une complexité extraordinaire en raison du mille-feuille territorial, surtout en région parisienne, mais essentiel pour assimiler le fonctionnement de ce territoire », détaille Vianney Delourme.

Marcher et découvrir

Visites, échanges, parcours en forêt, anecdotes architecturales et historiques, les ateliers piétons du Grand Paris Express se révèlent emplis d’une diversité intellectuelle enrichissante à mesure que les pas s’alourdissent. Bien plus que de simples randonnées le long d’un chantier gigantesque, ils apparaissent en réalité comme des expériences originales dans un été marqué du sceau de la crise sanitaire.

Géraldine, 50 ans, participe ainsi à sa quatrième balade en 9 jours. « C’est très intéressant d’avoir des intervenants si pointus dans leur domaine et qui savent rester tout de même accessibles. On alterne l’histoire, les découvertes architecturales, tout en découvrant ce projet phare du Grand Paris Express », confie-t-elle. François, un militaire en reconversion de 34 ans, est l’un des deux téméraires, présent depuis le départ, le 19 août dernier. « Le côté challenge et physique m’a attiré mais aussi l’opportunité de découvrir cette région dont je ne suis pas originaire. Passer d’une cité à un champ puis à une forêt ou encore découvrir les richesses inconnues d’une ville comme Garges-lès-Gonesse c’est très surprenant », dit-il.

Nicolas Kirilowits

Cette neuvième journée s’achèvera par une marche le long des bords de Marne, jusqu’à Chelles, avec le souvenir conté par Vianney Delourme et Patrick Urbain des baignades du siècle passé. Une époque où les vacances se passaient encore pour beaucoup en région parisienne et où le métropolitain était perçu comme une affaire de capitale. 100 ans plus tard Paris a grandi, elle est devenue le Grand Paris et son métro le Grand Paris Express.

Référence : LPA 18 Sep. 2020, n° 156h3, p.8

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