Hauts-de-Seine (92)

CCI 92 : le conseil à la création d’entreprises a bondi pendant la crise

Publié le 15/09/2020 - mis à jour le 16/09/2020 à 9H55

Dans les Hauts-de-Seine, comme ailleurs dans l’Île-de-France, la CCI a décidé de lancer, en pleine période de post-confinement, un programme spécifique pour les entreprises, intitulé : « accélérateur du rebond entrepreneurial ». L’occasion pour les sociétés, non seulement de rebondir au mieux, mais parfois de se réinventer sur de nouvelles bases. Margaux Pallone, conseillère en développement des entreprises à la CCI 92, nous éclaire.

Dès l’annonce du confinement le 16 mars dernier, la CCI 92 a vite compris la nécessité de renforcer sa présence auprès des entreprises locales. « Nous avons lancé toute une campagne d’appels aux entreprises du 92 », précise Margaux Pallone, conseillère en développement des entreprises, « afin de les orienter sur les différents fonds existants, les aider à s’y retrouver sur les réglementations encadrant les procédés de différenciation sociale, qui, dans les premiers temps, restaient très flous et en partie méconnus, les aider sur l’accès au fonds de solidarité, ou expliquer le plan de garantie par l’État (PGE) ».

Comme partout ailleurs, les entreprises des Hauts-de-Seine se sont adaptées en urgence, et « au mieux, mais en fonction des moyens d’investissement dont elles disposaient. Je pense notamment à la digitalisation qui nécessite un investissement, mais aussi des process de formation », détaille Margaux Pallone. Avec la conséquence que toutes les entreprises n’ont pas été placées sur un pied d’égalité. D’un point de vue global, « elles ont été dans la survie ». Aujourd’hui, elles doivent continuer à s’adapter, car les changements s’avéreront durables. D’autant plus « que le client pré et post-covid n’est pas le même. Les modes de consommation ont évolué. Du côté des entreprises, il est clair que le positionnement par rapport au digital ne peut plus être occulté », par exemple. De nombreux défis en perspective, donc, pour le tissu économique local.

Dans le cadre de la relance globale, la CCI 92 et le département ont donc lancé le programme « accélérateur du rebond entrepreneurial », qui cible des entreprises mises à mal par la crise sanitaire. « Ce qui inquiète les entreprises, ce n’est pas tant les questions d’argent que celle de l’accompagnement », analyse Margaux Pallone. Avec ce dispositif, leurs souhaits sont comblés, notamment pour « celles qui doivent se repenser, parce que leur modèle économique s’est révélé comme non pérenne », éclaire la conseillère. Et de citer des agences d’événementiel ou des agences de voyages qui n’ont d’autre choix que de se repenser et de se réinventer totalement sur le marché, complètement bouleversé.

« Nous avons donc modélisé un programme dédié à ces entreprises qui sont, encore aujourd’hui, en train de digérer cette crise ». La première promotion du dispositif, qui a commencé le 19 juin dernier, s’est terminée le 9 juillet, mais une seconde session devrait voir le jour à la rentrée, afin de répondre aux besoins pressants des sociétés qui n’auraient pas pu rejoindre cette édition initiale. Pour cette première promotion, des secteurs très divers étaient représentés, même si une très forte « prédominance du service » était évidente, avec des entreprises d’édition de logiciel, spécialisées en plan de prévention en santé dans le sport, de conseil aux entreprises, sans oublier une agence immobilière, une experte du team building, etc.

Un programme chargé en distanciel et présentiel

Le programme s’est déroulé selon trois phases. D’abord, comme cela est maintenant admis et entré dans nos habitudes professionnelles, à distance, avec des ateliers virtuels. Celui portant sur le thème « se repenser » permettait par exemple de réfléchir à son business, à son identité, de mieux définir le profil de l’entrepreneur. L’atelier « mieux performer demain », donnait quant à lui des conseils sur les moyens de capter des idées nouvelles pour améliorer sa performance. Un troisième atelier abordait la question de la créativité, ou comment « trouver une idée de business en or, c’est-à-dire intégrer des idées pertinentes pour chasser d’autres terres », précise Margaux Pallone.

La deuxième phase de cet accompagnement s’est déroulée en physique et portait sur les façons de redéfinir son business. Enfin, des ateliers sur « comment dessiner une nouvelle stratégie, avec une perspective très commerciale, comme tester une nouvelle idée et voir si elle fonctionne », ont constitué la troisième phase… Mais les entreprises entrées dans le dispositif ont également pu bénéficier d’ateliers orientés sur les moyens de tester son projet et réaliser un bon argumentaire, sans oublier un moment dédié aux manières de présenter un pitch efficace et parler ainsi efficacement de son entreprise. « Nous avons la chance de nous entourer de consultants extérieurs, de spécialistes qui permettent de donner leur brique d’expertise aux dirigeants accompagnés. Et pour eux, le contact avec ces experts peut donner lieu à une analyse plus pointue sur leur projet », éclaire Margaux Pallone.

Résultat : la conseillère constate que le dispositif a « pris », que ce mode d’action collectif « crée de l’entraide entre pairs qui ont été confrontés aux mêmes questions » pendant la crise sanitaire.

« Des extensions de cette solidarité naturelles sont possibles », souligne Margaux Pallone ayant connaissance de deux dirigeants qui, à la suite du programme ont pris rendez-vous dans l’optique d’envisager une collaboration et d’un groupe de dirigeants dans l’événementiel qui a même créé un groupe de discussions, signe de l’émulation issue de ces rencontres. Car le lien humain est toujours important, remarque-t-elle, mais dans « les conditions actuelles, encore plus »…

C’est d’ailleurs une volonté que d’évoluer en effectif restreint : la première promotion comprenait seulement 12 participants sur 42 dossiers qui avaient été déposés (certains ont pu être réorientés vers d’autres dispositifs plus adaptés, par exemple, pour les très jeunes entreprises). Pour Margaux Pallone, il est important de rester en petit nombre, car « si le groupe devient plus grand, on prend le risque d’une information purement descendante », ce qui n’est « clairement pas le type d’accompagnement que nous proposons. Au contraire, nous voulons beaucoup travailler sur le ressenti des dirigeants ».

Le révélateur de la crise

Aujourd’hui, l’heure est donc au rebond. Les entreprises, estime Margaux Pallone, « sont assez positives. Elles cherchent à innover, c’est l’occasion de sauter le pas, vers un nouveau business, vers une nouvelle clientèle à cibler ». Évidemment, pour d’autres, la crise a été un triste révélateur, notamment pour celles qui vivotaient déjà. C’est l’occasion donc de se laisser une deuxième chance, et de reconstruire leur business, afin « d’asseoir leur performance ».

Elles veulent prendre le temps de penser à leur business. Pas de doute qu’avec ce dispositif, elles seront mieux armées, notamment par les échanges constitués et les mises en contact avec des experts. Margaux Pallone, témoin des évolutions du tissu économique, estime que cette crise aura également été un déclencheur pour de nombreux aspirants dirigeants. « Le conseil à la création d’entreprise a carrément explosé pendant le confinement, avec de nombreux plans sociaux en toile de fond. Dans ce contexte, l’entrepreneuriat devient de plus en plus une solution, ou en tout cas, est perçu comme tel. Mais il existe aussi une vraie dualité entre celles et ceux qui aiment prendre des risques et les autres, qui se disent que, justement, ce n’est pas le moment et pour qui franchir le pas est plus compliqué », face à la stabilité rassurante du salariat qu’ils ne sont pas prêts à quitter. En tout cas, il est clair que, plus que jamais, « les gens se recentrent sur le sens à donner à leur travail ».

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Référence : LPA 14 Sep. 2020, n° 155t9, p.3

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