Val-de-Marne (94)

Val-de-Marne (94) : les coopératives s’installent durablement

Publié le 12/10/2020 - mis à jour le 13/10/2020 à 10H17

Les coopératives ont le vent en poupe dans le Val-de-Marne (94). En un an, trois supermarchés coopératifs et participatifs ont été créés : Coquelicoop à Fresnes, Coop’Cot ou encore Cristo’Coop à Créteil. Ce modèle économique attire de plus en plus de créateurs d’entreprise dans les secteurs de l’agroalimentaire ou du commerce de détail, une force pour le développement économique d’une région.

La mise en commun des outils de production et de distribution est au centre des coopératives de salariés. Pour celles qui nous concernent, soit les SCOP (sociétés coopératives et participatives) ou les SCIC (sociétés coopératives d’intérêt collectif), elles répondent avant tout aux besoins de leurs membres (les sociétaires) et sont particulièrement adaptées aux artisans et PME. Ces statuts juridiques particuliers ne sont qu’un maillon de l’ensemble des formes de coopératives – telles que les coopératives agricoles ou bancaires – que l’on peut trouver en France.

Dans ce type de coopérative, une personne représente une voix, qu’elle ait une ou plusieurs parts. Il en existe de toutes les tailles, pour toutes sortes de business. Les salariés créent une SCOP en vue « d’exercer en commun leur profession dans une entreprise qu’ils gèrent directement ou par l’intermédiaire de mandataires désignés par eux et en leur sein » (L. n° 78-763, 19 juil. 1978 portant statut des sociétés coopératives ourvières de production, art. 1). Pour la SCIC, créée par la loi n° 2001-624 du 17 juillet 2001, l’entreprise permet d’associer autour du même projet des acteurs multiples : salariés, producteurs, bénéficiaires, bénévoles, collectivités territoriales, etc. L’objectif répond à des besoins collectifs du territoire.

Depuis dix ans, leur nombre est en croissance constante en France. D’autant que ces entreprises ont un taux de pérennité de 70 % sur cinq ans, contre 60 % pour les entreprises classiques. Pourquoi ? Parce que le mécanisme des SCOP et SCIC divise leurs résultats en trois parts : celle des salariés – actionnaires ou non actionnaires – ; celle des actionnaires ; et celle de la mise en réserve. « L’idée est que l’entreprise appartienne à ses salariés, donc qu’il faut qu’elle soit pérenne », explique Marguerite Christopol, déléguée régionale de l’Union régionale des SCOP et SCIC. « En cas de coup dur, le matelas financier est plus important. Ce sont des entreprises capables de faire davantage face aux difficultés ».

Val-de-Marne, territoire coopératif

Le conseil départemental du Val-de-Marne soutient depuis longtemps les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), qui concerne plus de 2 850 structures et 38 000 emplois dans le département. Le Val-de-Marne comptait 176 établissements coopératifs en 2019, pour 3 700 salariés. L’Union régionale, qui crée, accompagne et fédère les coopératives, rassemble de son côté 300 adhérents en Île-de-France, dont 30 dans le Val-de-Marne (28 SCOP et 2 SCIC).

Le département est lui-même sociétaire de la SCIC Coop Bio Île-de-France regroupant une trentaine d’exploitants agricoles, des acteurs de la transformation et de la distribution et des collectivités territoriales : le Val-de-Marne, donc, mais aussi l’Essonne. Son but est de favoriser l’agriculture biologique francilienne dans les cantines scolaires.

Séverine Coupaye est responsable du secteur innovation territoriale du département du Val-du-Marne. Elle explique : « Ce qui nous intéresse, c’est le modèle coopératif. Ce sont des structures qui ont un fonctionnement démocratique. On a fait le choix de faire partie de la SCIC Coop Bio d’abord pour faire remonter nos besoins en termes de collectivité et de restauration publique, et ensuite pour s’impliquer dans les changements d’échelle de l’agriculture biologique en Île-de-France. Ce sont des structures qui n’ont pas vocation à faire du profit, mais à participer à la gestion et la gouvernance en faisant remonter les besoins du territoire ».

Du Bois de Vincennes à Orly, les SCOP sont partout. Comme au Théâtre du Soleil où chaque employé perçoit le même salaire et est appelé à occuper tous les postes (metteur en scène, acteur, technicien, costumier, etc.). Ou à la librairie Envie de lire à Ivry-sur-Seine, portée par des dizaines de souscripteurs et quatre associés-salariés. On les retrouve aussi dans l’immobilier, avec les coopératives Coopimmo à Champigny-sur-Marne ou Domaxia à Alfortville qui produisent des logements destinés à l’accession sociale, un mécanisme qui permet d’acquérir un logement avec un statut de locataire. La coopérative favorise également la mise en commun de compétences de travailleurs indépendants pour travailler ensemble, à l’image de l’Atelier 15 à Ivry-sur-Seine regroupant des urbanistes et des architectes autour de projets d’habitats participatifs.

Nouvelle tendance : les supermarchés coopératifs et participatifs

Outre Biocoop et Les Nouveaux Robinsons, déjà implantés, trois nouvelles épiceries coopératives ont été créées en moins d’un an dans le Val-de-Marne. Cette fois-ci, l’impulsion est venue des Val-de-Marnais souhaitant se détourner des grandes surfaces tout en créant de la richesse sur le territoire.

Pour Coquelicoop et Coop’Cot, les principes sont à peu près les mêmes. Quelques centaines de personnes deviennent adhérentes du magasin contre une participation financière annuelle et du temps de bénévolat. Pour pouvoir acheter dans ces coopératives, il faut en effet devenir sociétaire, donc avoir souscrit des parts sociales (entre 10 et 15 € la part). Il s’agit aussi d’adhérer à une certaine organisation du travail qui repose avant tout sur la solidarité. En échange de l’accès à une sélection de produits locaux, issus pour la plupart de l’agriculture paysanne, bio et sélectionnés avec soin – avec une rémunération juste pour les producteurs et productrices –, les sociétaires acceptent de s’occuper de la caisse, des livraisons ou encore de la préparation des produits, quelques heures par mois. Les marges sont quant à elles fixées en toute transparence (23 % chez Coop’Cot) et les bénéfices intégralement réinvestis dans les projets.

À Créteil, la Cristo’Coop, a ouvert ses portes en décembre 2019 au sein de la résidence senior La Cristolienne. Comme le racontait le journal Le Parisien à l’époque : « Quatre bénévoles ont lancé ce mini-magasin afin d’agir, à leur petite échelle, pour offrir un mode de consommation responsable ». Sur son site, la coopérative se définit ainsi comme « une épicerie autogérée fondée sur le bénévolat, axée sur l’achat en circuit court de produits de qualité répondant à des critères sociaux et environnementaux exigeants, et la revente de ces produits à prix coûtant ».

« Les coopératives ont un fort ancrage territorial, une SCOP qui se crée sur un territoire n’en bougera pas », conclut Marguerite Christopol.

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Référence : LPA 12 Oct. 2020, n° 156x3, p.3

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