Seine-Saint-Denis (93)

Grand Paris : un guide pour dix quartiers

Publié le 30/08/2021 - mis à jour le 30/08/2021 à 11H06

Objet d’abord politique, le Grand Paris se cherche encore une identité. Pour tenter d’estomper la barrière psychologique et physique que représente le boulevard périphérique, des journalistes spécialisés sur le sujet viennent de publier avec le centre de création Les Magasins généraux à Pantin la deuxième édition du Guide des Grands Parisiens. Plus de 300 adresses permettent de découvrir la métropole, son histoire et sa vie quotidienne à travers dix quartiers. Renaud Charles et le co-créateur du média en ligne Enlarge Your Paris et l’un des auteurs du guide. De La Fabrique à l’Océan Vert, en passant par La Forêt Enchantée, il nous livre quelques secrets du Grand Paris culturel et naturel.

Actu-juridique : Ce Guide des Grands Parisiens est-il une mise à jour du premier volume paru il y a trois ans ?

Renaud Charles : Je parlerais plutôt d’une réactualisation et d’une extension de la première version. Il y a trois ans, nous avions fait le choix de raconter le Grand Paris à travers huit quartiers distincts, cette année nous en avons rajouté deux : Les Champs, qui correspond au parc naturel du Vexin français, et La Forêt Enchantée, qui fait référence à la forêt de Fontainebleau.

Ces quartiers ne sont pas liés aux frontières déjà existantes, ainsi nous n’avons pas découpé le guide en fonction des départements de la région mais à travers une carte inédite du Grand Paris tel qu’il est vécu par ceux qui y vivent. Chacun de ces quartiers correspond à une spécificité d’usage. Paris n’y est pas isolée dans l’enclave du périphérique mais est éclatée dans plusieurs quartiers. Par exemple, dans les Yvelines, en partant de Versailles, en passant par Rambouillet, et en englobant la Vallée de Chevreuse, nous avons créé l’Océan Vert, un nom qui permet de révéler l’identité du territoire en question. Idem pour la Street Galerie qui regroupe notamment le XIIIe arrondissement, Vitry-sur-Seine et Arcueil. Ce titre permet de visualiser la spécificité du quartier et la place qui y est faite au street art.

Pour créer cette cartographie originale nous avons puisé dans nos expériences respectives, et les milliers de reportages que nous avons réalisés dans le Grand Paris.

AJ : Cette carte du Grand Paris – élément structurant du guide – est donc liée à votre vision de la métropole ?

R.C. : Personnellement, je travaille sur le sujet du Grand Paris depuis 2007. Les autres journalistes qui ont travaillé sur ce guide ont, eux aussi, une grande expérience de la Métropole, une expérience de terrain. C’est grâce à cette connaissance du terrain que nous avons pu établir notre carte. Aujourd’hui encore, le Grand Paris manque d’une identité. Cette carte et les dix quartiers qui la constituent a pour vocation de contribuer à y remédier. Elle reflète une réalité qui avait été peu racontée jusqu’à présent.

AJ : Que trouve-t-on donc concrètement à l’intérieur ?

R.C. : Le guide réunit plus de 300 adresses. Contrairement à un ouvrage purement touristique, ce sont d’abord des adresses destinées aux habitants de la région, des adresses – si je puis dire – de tous les jours. D’après un sondage réalisé en 2014, plus de 50 % des Franciliens déclaraient méconnaître leur région. Nous avons donc réuni des informations qui peuvent les aider à mieux appréhender leur région, au-delà des classiques biens connus. Évidemment, des touristes qui connaissent déjà Paris seront eux aussi intéressés par le guide. Ce qui ne sera pas nécessairement le cas d’une famille qui vient dans la capitale pour la première fois et qui reste sur place quelques jours.

AJ : Concrètement, vous ne faites pas mention, par exemple, des horaires d’ouverture de la Tour Eiffel ou du Louvre ?

R.C. : Effectivement, la Tour Eiffel n’y est pas. Nous avons estimé que les Franciliens et les touristes disposaient de suffisamment d’informations à son propos… Quant au Louvre, nous en parlons, mais pour évoquer l’offre originale des visites nocturnes. De manière générale, notre parti pris est de sortir des sentiers battus.

AJ : Avez-vous aussi pour ambition de « casser » l’image de la région et de la banlieue comme vous l’évoquiez tout à l’heure ?

R.C. : Oui, nous voulons démontrer qu’on ne s’ennuie pas en banlieue, bien au contraire. Et davantage que « casser » son image, nous voulons surtout en créer une. Car en réalité, une fois le périphérique franchi, nous n’avons que très peu de représentation de ce qu’est la banlieue, hormis les clichés habituels qu’il n’est pas utile de rappeler. Or la banlieue parisienne regorge de trésors insoupçonnés : 800 lieux dédiés au spectacle vivant, plus de 100 festivals et d’innombrables lieux de vie. Si on aime la bière par exemple, on peut aller à Montreuil chez Beers and Records, à la fois disquaire et caviste, ou bien dans le Parc naturel du Vexin français où se cache la Grotte à bières à La Roche-Guyon, à ma connaissance seul bar troglodyte d’Île-de-France.

AJ : Découvrir le Grand Paris, c’est aussi faire du tourisme local, une tendance qui se développe depuis la crise sanitaire. C’est dans cette idée aussi que s’inscrit le guide ?

R.C. : Il est vrai qu’avec la crise sanitaire et les contraintes de déplacement, nous sommes tous poussés à nous intéresser davantage aux territoires qui nous entourent. Et quand bien même, nous ne pouvons pas, tous les week-ends, nous rendre à l’autre bout de la France. En revanche, en Île-de-France, il est possible tous les week-ends de faire du tourisme local. C’est-à-dire rester géographiquement proche de chez soi mais voir des sites totalement différents de ceux de son quotidien. Même des journalistes comme nous, dont c’est le métier, sommes encore surpris parfois des lieux que l’on découvre lors de nos reportages. C’est dire si un habitant qui connaît peu la métropole a de quoi s’occuper !

AJ : Quels sites, en priorité, conseilleriez-vous à nos lecteurs ?

R.C. : Ce qui m’a étonné et m’étonne encore dans cette région, c’est sa richesse « naturelle ». Quand on prononce le nom « Île-de-France » nous avons a priori, et ce n’est pas totalement faux, une image de bitume, d’urbanisation et de densité. Or c’est oublier que la région abrite quatre parcs naturels régionaux (Oise-Pays de France, Vexin Français, Haute Vallée de Chevreuse et Gâtinais Français) qui s’étendent sur 2 700 km², soit 27 fois la taille de Paris. Ils sont, de surcroît, facilement accessibles en train. Je ne connais pas une autre métropole au monde, si dense, qui permet d’accéder en transports en commun à de tels espaces naturels. C’est unique et cela change le regard que l’on porte sur Paris. Un Pass Navigo, quelques arrêts de RER ou Transilien plus tard, et vous êtes dans la forêt de Fontainebleau – deux fois plus grande que Paris – ou de Rambouillet. C’est une chance inouïe à une époque où les urbains sont encore plus sensibles à la notion d’espace et de verdure. La nature n’est pas au coin de la rue, certes, mais elle est au bout du quai.

Nous avons récemment publié une carte, en partenariat avec Wedodata, pour comparer la place des espaces naturels dans le Grand Paris, et trois autres villes-monde : New-York, Londres et Pékin. Ainsi, nous nous sommes rendus compte que si vous superposiez la carte de New York sur celle de Paris, vous englobiez aussi des portions du parc naturel de la Haute Vallée de Chevreuse, de la forêt de Versailles, de la forêt de Meudon ou encore du Parc naturel Oise-Pays de France. Cela veut donc dire qu’à taille égale, Paris offre bien plus de nature que Big Apple. Même constat avec le Grand Londres qui couvre la forêt de Verrières, de Sénart ou de Saint-Germain-en-Laye qui fait 6 000 hectares. Il n’y a pas d’espace naturel de 6 000 hectares dans le Grand Londres. Cela va sans dire pour la ville de Pékin également qui est plus étendue que la région Île-de-France (respectivement 16 000 et 12 000 km²).

Bien sûr ces quatre parcs foisonnent aussi de richesses patrimoniales. Je pense, par exemple, au château de Chantilly ou la cathédrale de Senlis dans le parc de l’Oise-Pays de France, au village d’Auvers-sur-Oise dans le Vexin Français, ou aux abbayes de Port-Royal des Champs et des Vaux de Cernay dans la Haute Vallée de Chevreuse.

AJ : Vous avez fait le choix de publier le guide en anglais. Pourquoi ?

R.C. : Il nous est apparu important qu’il soit accessible aux non francophones. Paris intéresse le monde entier. Le Guide des Grands Parisiens est donc accessible dans les librairies de la région, de certaines grandes villes françaises et internationales.

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