L’âge d’or de la peinture danoise

Publié le 31/12/2020 - mis à jour le 03/01/2021 à 22H06

Chers lecteurs,

Malgré la situation actuelle, nous avons décidé de continuer à partager avec vous de belles expositions, visitées avant le début du confinement ou découvertes virtuellement. Ce sera d’autant plus l’occasion pour vous, chers lecteurs, d’aller les visiter une fois cette période compliquée derrière nous. En attendant, portez-vous bien !

La Rédaction

Invitation à une promenade silencieuse, paisible dans la campagne danoise ou évocation de thèmes intimistes (familles, portraits, ateliers), cette exposition fait revivre à travers 200 œuvres ce moment intense du renouveau de la création au Danemark.

Cet Âge d’or a révélé le talent de nombreux peintres durant la première moitié du XIXsiècle. Traversé par de nombreux problèmes politiques et financiers, ce siècle commençait dans la tourmente dans ce pays. C’est durant cette période difficile que l’art s’est développé dans ses diverses expressions : peinture, littérature, musique.

Figure emblématique de cette renaissance de la création danoise, Christoffer Wilhelm Eckersberg s’est éloigné de l’art idéalisé du XVIIIsiècle, prônant un réalisme basé sur le classicisme. Durant son séjour à Paris de 1810 à 1813, il étudie dans l’atelier de David où il apprend les règles de la construction classique et la suprématie du dessin, que l’on retrouve chez les peintres de l’Âge d’or dont beaucoup furent ses élèves.

Mais c’est à Rome, où il réside de 1813 à 1816, que s’épanouit son talent. Il témoigne d’une remarquable acuité de vision dans ses œuvres de plein air, en particulier dans lesquelles la lumière apparaît primordiale.

Au fil du temps, il s’intéresse à l’étude de la perspective. Dans Vue à travers trois arches du Colisée, il se révèle observateur attentif ; à la puissance des arches imposantes, en gros plan, répond le paysage qu’elles laissent entrevoir, décrit avec minutie.

L’exposition met en lumière le travail des artistes dans l’atelier de l’Académie royale des Beaux-Arts ; là encore, le rôle d’Eckersberg est majeur. Il arrive en 1822 comme professeur et réforme l’enseignement qui devient plus ouvert. Un tableau de Wilhelm Bendz recrée l’atmosphère studieuse d’un atelier sous un jeu d’ombre et de lumière.

Les portraits tiennent une place importante durant cette période ; les milieux aisés passent commande à ces artistes dont ils apprécient la création. Intimistes, de familles ou plus officiels, ils sont le plus souvent sensibles

Christian Kobke peint l’intimité familiale en une palette harmonieuse. Impressionnante de présence est la Petite fille réalisée par Constantin Hansen, un sobre portrait dans des bruns éclairés par l’éclat du visage, de la tasse blanche.

Nombre de ces artistes ont effectué le voyage à Rome grâce à une bourse. S’ils ont étudié l’art italien, ils ont peint également des scènes pittoresques : mendiants, musiciens de rue, jeunes gens dans les tavernes, campagne romaine… Très vivant, le Groupe d’artistes à Rome, où Hansel excelle à rendre l’atmosphère de ces peintres en discussion : longues pipes et cafés accompagnent leurs discussions.

Certains d’entre eux partent à la découverte de la Grèce et de l’Orient, un réel dépaysement ; c’est le cas de Martinus Rorbye. De retour à Copenhague, il compose des œuvres intimistes : Vue depuis la fenêtre du peintre, un délicat dialogue entre intérieur décoré de plantes fleuries et extérieur où se profilent des voiliers, une œuvre toute en délicatesse.

La nature est une source importante d’inspiration, Eckersberg est l’un des premiers à travailler sur le motif où il observe intensément la nature, les nuages, les changements de lumière ; il est suivi, entre autres par Peter Christian Skovgaard ou Johan Thomas Lundbye, ils témoignent d’une fine analyse atmosphérique.

Vers 1850, l’essor industriel est en route, les peintres recherchent alors la vie tranquille. Certains d’entre eux proposent un cadrage proche de la photographie, comme Kobke dans Vue depuis la citadelle côté nord, d’une rare précision. La vie urbaine demeure un sujet apprécié : fêtes populaires, scènes de rues parfois prises sur le vif comme cette Scène de rue sous la pluie et le vent, où Eckersberg mêle réalisme et humour. Tout ce qui a trait au quotidien, même le plus insignifiant, intérieurs tranquilles, les artistes en font une œuvre d’art… Coloristes, ils emploient aussi des teintes plus sobres d’ocre.

L’Âge d’or n’a pas résisté à la modernité, les dernières compositions sont marquées par la nostalgie ; déjà certaines portaient une mélancolie sous-jacente, une vie secrète, intime, habitant les jeunes femmes qui ne sont pas sans évoquer l’art d’Hammershoï, qui peindra quelques années plus tard, sans doute inspiré par ses prédécesseurs.

SMK Photo/Jakob Skou-Hansen

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Référence : LPA 31 Déc. 2020, n° 157k2, p.23

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