Stylo d’or et Souris d’Or 2018 : l’ANDRH plus que jamais convaincue de l’ancrage des RH dans la société

Publié le 25/01/2019

Le 10 décembre dernier se tenait la cérémonie des Stylos d’or (13e édition), et de la Souris d’or (5e édition) 2018 organisée par l’ANDRH. Un moment qui fut l’occasion de récompenser l’ouvrage RH de référence et le blog RH le plus inspirant de l’année et où les évolutions du métier ont donné lieu à de passionnantes discussions.

Cette cérémonie des Stylos et Souris d’Or 2018, organisée par la revue « Personnel » de l’ANDRH – média RH de référence qui en a d’ailleurs profité pour amorcer sa mue cette année – était clairement placée sous l’égide des évolutions inhérentes au métier.

En guise d’introduction aux échanges ultérieurs, la soirée a débuté par la présentation de l’ouvrage La prouesse française, un livre sur le management du CAC 40 vu d’ailleurs, de l’étranger, qui a été présenté par deux de ses auteurs. Frank Bournois, directeur général de l’ESCP Europe, a évoqué la genèse de ce livre.

« Au restaurant, nous demandons comment les cuisiniers font leur plats et quelle est leur recette. Eh bien, nous, nous avons plutôt regardé les plats en interrogeant ceux qui les consomment. Parfois les habitudes et les gestes sont tellement ancrés qu’on ne sait même plus les expliquer », a-t-il expliqué. D’où l’idée de ce livre audacieux, qui interroge sur ce qu’est le management à la française dans les entreprises du CAC 40 (2 500 managers de 96 nationalités différentes ont été interrogés), ce management à cheval entre celui à l’anglosaxonne et celui, plus paternaliste, à la chinoise. L’autre auteur présente ce soir, Yasmina Jaidi, nouvellement arrivée chez l’Oréal (comme International learning director, leadership & culture), s’est elle inspirée des évolutions de sa propre maison. « L’Oréal a 100 ans et a réussi à faire évoluer son management, en parvenant à une universalisation de ses pratiques, afin de parvenir à comprendre ce qu’est la beauté, un peu partout dans le monde », a-t-elle précisé. Elle s’est ainsi demandé si le style de management présent chez l’Oréal était compatible avec l’environnement dans lequel le groupe évolue. Et de citer les « travers » français, comme « ces réunions à la française, parfois perçues de l’extérieur comme un peu compliquées à saisir, dont on sort parfois sans réellement savoir exactement ce qui a été acté ou décidé à la fin ». Chez l’Oréal, afin de gagner en efficacité, « nous avons mis en place une méthodologie de réunion », applicable à tous les collaborateurs et réfléchi sur certains paradoxes : « par exemple, au quotidien, nous pouvons être très informels dans la communication, mais rudes dans le feedback », ce qui peut être déstabilisant, a-t-elle reconnu. « De la même manière, nous avons mis en place des outils afin que le moment du feedback soit mieux maîtrisé ».

Frank Bournois a lui expliqué la nécessité de « comprendre les implicites », plus subtils pour des interlocuteurs étrangers, qui peuvent ne pas se sentir à l’aise, et se décourager devant les discours conceptuels des diplômés de grandes écoles.

Mais si le livre utilise à bon escient le terme de « Prouesse », c’est que le management français compte quand même certaines belles réussites, dont les points les plus forts sont « une recherche de performance de très grande qualité, et une incitation à mesurer, évaluer, à encourager la performance des collaborateurs ».

« La Prouesse Française »

Isabelle Calvez, DRH du groupe Suez, présidente du jury cette année, composé de quinze DRH et d’étudiants en master RH des IAE de Paris et de Grenoble, a été séduite par la lecture de La prouesse française. Arrivée en avril chez Suez, dans un groupe « très international mais aussi très français », elle assiste à l’achat d’une filiale de General Electric, comprenant 7 500 personnes, « très ’‘américaines’’, habituées à une grande centralisation, à la performance individuelle, à des process très abouti », explique-t-elle. Le livre lui a été d’une grande aide pour assurer cette transition. Frank Bournois a d’ailleurs cité un chiffre édifiant : « le nombre de mois nécessaires à l’acculturation à la culture française est de 14 pour les Américains… contre 6 mois pour des Chinois ! », détruisant ainsi les clichés qui circulent sur les proximités ou éloignements culturels supposés.

Laurent Choain, Chief People & Communication Officer du Groupe Mazars, le seul groupe international intégré et indépendant d’audit et de conseil, a lui aussi été convaincu par l’ouvrage, qui devrait être lu en première instance par des Français, afin de comprendre comment nos propres pratiques sont perçues de l’étranger. Il s’est également enthousiasmé de l’aspect positif du livre, qui « valorise enfin la fonction de DRH », sans la critiquer à tout va. « Il faut être porteur d’une lecture plus analytique. Et soyons positifs ! », a-t-il lancé.

Une Souris d’or sous le signe de la modernité

Après cette entrée en matière, le jury a pu disséquer les raisons qui les ont poussés à sélectionner trois blogs : ID Carrières, Change the Work et Management & RSE. Le lauréat, Change the Work, a remporté tous les suffrages : « ce blog veut explorer le monde de demain, s’intéresse au digital, au nomadisme et au big data », s’est emballée l’une des étudiantes du jury. Cette dernière a souligné la diversité des thèmes (environ 35), qui abordent des sujets moins attendus comme l’égalité professionnelle femmes-hommes ou encore le droit à la déconnexion. Les qualités rédactionnelles des articles, le rythme des publications, ainsi que les angles croisés, ont achevé de convaincre le jury. En somme, Change the Work propose un blog aux problématiques actuelles, variées, qui s’attache à l’actualité et au sociétal, comme en témoignent des articles sur le coming out ou les congés parentaux en entreprise. Du côté des collaborateurs de Change the Work (qui sont huit : quatre femmes et quatre hommes), la joie était de mise au moment de l’annonce. « Nous fonctionnons vraiment en démocratie et nos contributeurs sont des jeunes RH. On ne s’interdit que de partager des choses s’il n’y a pas de pratique derrière. Nous voulons donner la parole aux praticiens RH, DRH, RHH », a détaillé leur porte-parole de la soirée.

Alexandre Pachulski, lauréat en 2015 pour son blog www.lestalentsdalex.com, a contribué à enrichir la conversation. « Tenir un blog, cela prend beaucoup de temps, il faut être animé d’une volonté de prendre le monde et partager des points de vue », a-t-il expliqué. « Il faut oser réagir à chaud, mais aussi accepter de voir sa pensée évoluer. C’est comme un laboratoire ».

Derrière la Plume d’Or : l’engagement et le social

Avant de présenter les trois ouvrages en lice pour la Plume, Nicolas Flamant, à la tête d’Engie Ineo, a évoqué un coup de cœur pour le livre De Mc Gyver à Mad Men, quand les séries TV nous enseignent le management (ed. Dunod). « C’est un livre très léger, agréable à lire, qui permet de se promener dans l’environnement des séries ». Par le biais des séries, les auteurs Benoît Aubert et Benoït Meyronin abordent l’innovation, le leadership, la relation client, etc. Ainsi la série « Young Pope » (dans laquelle un jeune pape de 47 ans accède au poste suprême de la chrétienté) « traite la question de l’affirmation de soi, la construction de son leadership, la gestion de ses alliés et celle de savoir comment adapter son mode de communication », tandis que « Six Feet under » (histoire familiale dans le milieu des pompes funèbres) permet d’approcher la question de la relation client.

Si les trois ouvrages en lice pour la Plume d’Or étaient forts différents, comme l’a fait remarquer Thierry Teboul, directeur général de l’AFDAS, toutefois ils « se parlent, se font échos, se répondent, sur la question du consentement entre les entreprises et les salariés ». En effet, que ce soit chez Managers : libérez, délivrez, …surveillez ?, de Frédéric Petitbon, Marguerite Descamps et Julie Bastianutti, La Révolution du partage, d’Alexandre Mars ou encore Et si les salariés se révoltaient, de Patrick Artus et Marie-Paule Virard, la thématique des relations internes dans les entreprises y sont perçues de façons différentes : « macroéconomique, au niveau de l’entreprise et au niveau de l’individu ».

Le livre lauréat, Et si les salariés se révoltaient, constitue une formidable grille de lecture des mutations économiques des vingt dernières années, et de la place des salariés dans ces mutations économiques dans la gouvernance. Un bon outil également pour « échapper à la révolte », alors que le climat social est si tendu. Pour Patrick Artus, qui se revendique pourtant comme économiste libéral, « il est urgent d’associer les salariés à l’enrichissement de l’entreprise », et d’évoquer les incohérences des « rendements des fonds propres qui ne devraient plus être à 15 %, mais limités à 8 % et le reste distribué aux salariés ». Concernant les craintes suscitées par l’intelligence artificielle, il a apporté une analyse très pertinente. « On sait que si l’on met un robot à un poste on détruit trois emplois dans une entreprise, mais on en créé cinq dans les services simples ». Attention nuance-t-il : « Cela revient à détruite trois bons emplois pour cinq mauvais. Nous avons une capacité incroyable de créer des emplois au Smic. Le métier le plus en croissance aujourd’hui est celui d’agent de sécurité, et ces agents de sécurité ne vont pas monter en gamme ». Ses inquiétudes se résument à cette déroutante conclusion : « C’est la première fois depuis la Révolution industrielle que les emplois créés sont de moins bonne qualité que les emplois détruits ». Seule solution : augmenter le niveau de compétences, lié au faible taux d’emploi que compte la France. Autant de perspectives qui reviennent à mettre le paquet sur la formation, mais aussi d’assurer, derrière une flexibilité toute « macronienne », la sécurité sans laquelle le modèle ne peut pas fonctionner : « dans les pays du Nord, une personne au chômage bénéficie dès le lendemain d’une formation adaptée. En France, il faut attendre quatre mois » !

LPA 25 Jan. 2019, n° 141t8, p.4

Référence : LPA 25 Jan. 2019, n° 141t8, p.4

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