Procès des attentats de janvier 2015 : la responsabilité des deux principaux accusés réexaminée en appel

Publié le 12/09/2022 - mis à jour le 12/09/2022 à 12H40

Condamnés en décembre 2020 pour leur participation aux attentats de janvier 2015, deux des onze accusés ont décidé de faire appel. Le procès doit durer un peu plus d’un mois. 

Procès des attentats de janvier 2015 : la responsabilité des deux principaux accusés réexaminée en appel
Entrée de la salle des Assises Voltaire au palais de justice de Paris (Photo : ©O. Dufour)

Le procès en appel des attentats de janvier 2015 s’est ouvert ce lundi 12 septembre devant la cour de Paris à 10 heures.  Sur les 11 personnes condamnées le 16 décembre 2020, seules deux ont fait appel. Il s’agit des plus lourdement condamnées : Ali Riza Polat et Amar Ramdani.

Dans la salle Voltaire bondée, avocats, parties civiles et journalistes se serrent sur les bancs. On reconnait Riss,  dessinateur chez Charlie et auteur d’un récit de l’attentat intitulé « Une minutes quarante neuf secondes » (Actes Sud) ou bien encore l’avocat du journal Richard Malka.

Sans doute la salle s’éclaircira-t-elle au fil des débats, car traditionnellement l’affluence du premier jour s’étiole et ne revient que lors des moments phare du procès, sans compter le fait que l’appel suscite toujours moins de curiosité que la première instance, mais pour l’heure tout le monde est là. Les débats sont présidés par Jean-Christophe Hullin. Trois projecteurs signalent discrètement l’enregistrement vidéo du procès pour l’histoire.

La première journée n’est jamais très intéressante, on y procède à des formalités aussi longues qu’ennuyeuses, appel des parties civiles, appel des témoins, rapport du président…Ali Riza Polat, en chemise rose, a croisé les bras sur le rebord de son box et observe la salle. A 5 mètres de lui, Amar Ramdani, en polo rose parme, observe également le rituel judiciaire, échange avec son avocat, baisse parfois la tête et disparait ainsi à la vue. Une demande nouvelle de constitution de partie civile rompt la monotonie de la procédure. Son auteur, un homme entendu en visioconférence, estime que ses enfants ont été victimes de l’attentat au seul motif qu’ils ont subi l’information via les média et qu’elle a donné un tour difficile aux discussions de famille. La salle sourit d’abord timidement puis plus franchement quand on comprend que les enfants concernés étaient déjà majeurs lors des faits. Sans surprise, le parquet s’y oppose ; après une brève suspension, la cour rejette la demande.

Durant plus d’un mois, le procès va être l’occasion de réexaminer la responsabilité des deux accusés dans les attentats de janvier 2015. Compte-tenu des contacts étroits entre les frères Kouachi (attentat chez Charlie) et Amedy Coulibaly (assassinat de Clarissa Jean-Philippe et attentat de l’hypercasher), les trois hommes ont été considérés comme coauteurs de l’ensemble des faits survenus du 7 au 9 janvier car leurs actions étaient simultanées et concertées.

Polat, l’argent et la religion

Ali Riza Polat, c’est l’intarissable délinquant professionnel expliquant dans le box en première instance que la seule chose qui l’ait jamais intéressé dans la vie c’est de gagner de l’argent, beaucoup d’argent, pour mener grand train. Exercer une activité légale ? L’hypothèse est inenvisageable à ses yeux, le risque de la prison est intégré dans son projet de vie.  En janvier 2015, il a 30 ans et déjà un sérieux casier judiciaire. S’il a été condamné pour complicité de l’ensemble des crimes commis tant par les frères Kouachi que par Amedy Coulibaly, c’est parce que les juges ont relevé que cet homme fraîchement converti à l’islam (juin 2014) entretenait une amitié de longue date avec Coulibaly et que leurs relations s’étaient intensifiées peu avant les attentats. Polat avait en effet apporté une aide logistique active à Coulibaly concernant les armes, les véhicules et la recherche d’un appartement. Enfin, l’intéressé a quitté la France pour le Liban, puis la Thaïlande, quelques jours après les attentats. Un départ qui ressemble fort à la fuite d’un homme qui a quelque chose à se reprocher…

Polat, c’est aussi l’accusé dont l’état de santé (il avait attrapé la covid) a inspiré à la Chancellerie une ordonnance en pleine crise sanitaire étendant la visioconférence aux assises. La perspective de finir ce procès sans le principal accusé a occasionné une protestation à l’audience qui restera dans les annales judiciaires : tous les avocats des parties civiles sans aucune exception se sont levés pour refuser le recours à cette possibilité malgré le caractère particulièrement long et douloureux de ce procès pour les victimes. Quelques jours plus tard, le Conseil d’État annulait cette disposition de l’ordonnance.

La Cour l’a condamné pour complicité de crimes terroristes à 30 ans de réclusion assortis d’une peine de sécurité des deux tiers. Défendu par l’incandescente Me Isabelle Coutant-Peyre en première instance, il est assisté désormais de Me Mohad Nefati et Me Rachid Madid.

Ramdani et la secte de la buanderie

Amar Ramdani quant à lui, avait 34 ans lors des attentats. De tous les accusés, c’est le plus policé, souvent qualifié de « séducteur ».  « J’ai fait des choses qui sont normales pour des jeunes qui grandissent dans les cités et qui ne le seront jamais pour ceux qui grandissent ailleurs » avait-il reconnu à l’audience lors du premier procès. Il a un BEP de comptabilité, a même tenté de lancer avec un certain succès une marque de vêtements. Mais une querelle d’associés sur la stratégie met fin à la belle aventure et l’envoie sur les chemins de la délinquance. Pour rembourser une voiture accidentée, il organise le braquage d’une bijouterie qui lui vaut un séjour à la prison de Villepinte. C’est là qu’il fait la connaissance d’Amedy Coulibaly, dans le cadre ce qu’on appellera « la secte de la buanderie », un groupe de détenus radicalisés. La cour a relevé pour le condamner qu’il a pris une part « prépondérante » dans une escroquerie automobile destinée à financer les actes de Coulibaly. Il change souvent de ligne téléphonique, se rend fréquemment dans le Nord, en particulier à Lille au moment où les armes y transitent, leurs contacts téléphoniques se sont intensifiés en décembre 2014 et janvier 2015, quant à son ex-compagne, elle témoigne de l’intensification de sa pratique religieuse. Il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Amar Ramdani a également changé d’avocats. Il était défendu en première instance par Me Christian Saint-Palais et Me Daphné Pugliesi. Cette dernière continue de l’assister, mais aux côtés de Me Yves Leberquier.

Le procès doit durer jusqu’au 21 octobre.

Pour relire nos compte-rendus du procès en première instance, c’est par ici. 

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