Journal d’un avocat au temps de la Covid-19

Publié le 04/11/2020

Avec l’attentat de la Basilique de Nice, voici un nouveau journal placé sous le signe du deuil, mais aussi de la colère. Face à ces deux ennemis pour les libertés que sont le terrorisme et la covid-19, Loeiz Lemoine tente avec son oeil acéré de pénaliste de penser ce que doit être la bonne réponse dans un état de droit. Pour ne céder ni à la lâcheté, ni à la violence illégitime. 

Samedi 24 octobre : Les droits de l’homme, à tout prix

Mon désaccord du jour m’opppose au président  de la CNCDH, ancien bâtonnier de Paris : Il a manifestement marché dans les traces de Jacques Toubon et sa fonction a créé l’organe, à savoir une hyper sensibilité aux droits de l’homme, et une suspicion systématique à l’égard du pouvoir, qui chercherait toujours à contraindre les citoyens, à les surveiller et à restreindre leurs libertés. Du coup, l’état d’urgence sanitaire (c’est vrai, quelle urgence ?) « distille une forme de poison démocratique », et l’application stop covid ou sa petite sœur sont, malgré leur caractère volontaire (on n’est PAS obligés de l’installer), une étape dans la surveillance numérique big brotherienne. Ben moi, Monsieur le Bâtonnier, je trouve que c’est le virus qui est la pire atteinte aux droits de l’homme et à nos libertés, voyez-vous.

Impression de tracer le même sempiternel sillon, sur le thème jamais épuisé des éthiques de conviction et de responsabilité : le président de la CNCDH ne peut s’occuper que de convictions, il n’a que faire de responsabilité, je comprends. Pourtant la principale restriction de libertés tient au fait de tomber malade d’abord, au désastre économique ensuite : on ne va pas se laisser brider ni surveiller par le gouvernement, mais il y aura (il y a) des chômeurs, une précarité grandissante, des pauvres encore plus pauvres, le monde de la culture en ruines, la restauration, le tourisme, suivent de près. La CNCDH : c’est pas mon problème, moi je m’occupe des libertés individuelles !

Basilique Sainte-Sophie, Istambul (Photo : ©AdobeStock/yavuzsariyildiz)

Erdogan sur Macron : « Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale», a déclaré Recep Tayyip Erdogan, dans un discours télévisé. Il y a deux semaines, il avait dénoncé comme une provocation les déclarations du président français sur le «séparatisme islamiste» et la nécessité de «structurer l’islam» en France.

Rappelons un peu, sur ce sujet de l’islamisme, qui est réellement Erdogan, actuellement à la tête d’un pays qui avait de longue date inscrit la laïcité dans sa constitution :

* Dans un discours en 1997, il avait déclaré ceci : « Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes, les croyants nos soldats… »

* Plus tard, aux allemands d’origine turque : « Je le répète : l’assimilation est un crime contre l’humanité. »

* Plus récemment, ces déclarations hallucinantes en 2017 : « J’en appelle à mes frères et sœurs en Europe. Ne faites pas trois, mais cinq enfants, car vous êtes l’avenir de l’Europe. »

Ne parlons pas de Sainte Sophie : il est chez lui, il fait ce qu’il veut, mais on comprend bien l’idée sous-jacente.

Son agenda est donc clair et logiquement (alors que l’Islam de France ne le regarde en rien), toute personne qui semble tant soit peu se mettre en travers de son projet, devrait se faire soigner la tête. Ça s’arrange pas, mes enfants.

Dépêche AFP : « Les appels au boycott de produits français se multiplient dans plusieurs pays du Moyen-Orient, après l’émoi suscité par les propos du président Emmanuel Macron, qui a promis de ne pas « renoncer aux caricatures » du Prophète Mahomet, interdites dans la religion musulmane #AFP »

Dimanche 25 octobre – Ça va mal

Courrier international : « Suite au meurtre de Samuel Paty, à Conflans-Sainte-Honorine, la presse internationale s’interroge : doit-on encore prendre le risque de caricaturer Mahomet ? L’hebdomadaire britannique The Observer et la revue italienne Formiche ne sont pas du même avis. »

Virulente attaque du premier ministre pakistanais contre le président français, accusé de provoquer des millions de musulmans, d’être islamophobe, etc. etc..

La France est victime d’attentats à répétition et la réaction des pays musulmans est une attaque en règle contre elle, justifiant ces attentats par « l’islamophobie » de la France ou de notre président qui la représente. Les appels au boycott se multiplient dans les pays du Moyen Orient, précédant sans doute de peu des appels au meurtre.

Lundi 26 octobre – La vache qui ne rit plus

Huffpost : « Erdogan appelle l’Europe à stopper Macron et sa « campagne de haine » contre les musulmans. Le président turc a comparé le traitement des musulmans en Europe, à celui des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale » Vision totalement orwellienne du monde, encore un qui pense que la réalité est ce qu’on décide qu’elle est.

Tribune de la Ligue des droits de l’homme : ne pas désigner des boucs émissaires. Mais Monsieur, PERSONNE ne fait ça, aucun français n’a dit « les musulmans ». Que les intellectuels qui crient à l’islamophobie n’aient rien à voir avec les attentats, j’en suis tout à fait d’accord et je me garde des raccourcis et des facilités. Mais ils nous désarment face à ce qui nous attaque, au lieu de nous permettre de lutter, ils traitent de racistes ceux qui acceptent de voir la réalité. Comme n’a cessé de le dire et de le répéter Elisabeth Badinter : il ne faut pas avoir peur d’être traité d’islamophobe.

Marwan Muhamad (ancien président du CCIF), commentant des images de koweitiens ou de qataris sortant des Vaches qui rient (j’ai l’impression, en écrivant cela, d’un énorme GAG !) des rayons d’on ne sait quel supermarché : « C’est triste d’en arriver là, mais à force de cibler les musulmans sans cesse, la France se ridiculise une fois de plus à l’international. Cela cause du tort à son image, à son économie, sa diplomatie et, plus grave encore, sa crédibilité en matière de respect des droits humains. » Les mots importants sont « à force de cibler les musulmans ». Ce qui nous arrive est, un peu, quelque part, d’une certaine façon, à la base, foncièrement, notre faute. Ce qui est triste, je trouve, et qui constitue un péril mortel, c’est surtout qu’il y ait des français anti-français, c’est-à-dire qui prennent parti contre nous.

Mardi 27 octobre – Le droit international, cette vaste blague !

Les drapeaux des Etats-Unis, de l’OTZAN et de l’Union européenne (Photo : ©AdobeStock)

Télescopage d’informations :

* « Face à Erdogan, Macron soutenu par plusieurs dirigeants européens »

* « Les manifestations se multiplient dans le monde contre le soutien d’Emmanuel Macron aux caricatures ».

N’est-il pas là sous nos yeux, ce fameux choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington ?

Bon, tout de même une bonne nouvelle dans tout ce b*** : l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne semble définitivement écartée. Sa participation à l’OTAN est déjà une vaste blague (en juin, des bâtiments turcs n’ont pas hésité à menacer un navire français ).

D’ailleurs le droit international est une vaste blague, ça fait longtemps que j’ai envie de dire ça, depuis que j’ai entendu parler de la SDN à peu près. Erdogan en Méditerranée, Xi Jing Ping en mer de Chine et plus généralement dans le monde entier, Poutine en Crimée, les russes et les turcs sur des théâtres d’opérations extérieurs, Trump sortant des accords de Paris, les accords de Paris eux-mêmes, (quand j’ai vu Fabius avec son petit marteau vert et au bord des larmes, j’ai failli me faire pipi dessus tellement c’était comique ). Tout ceci montre que le droit sans la force n’est rien, nada, peau de balle, juste des mots hors de prix (faut voir combien de hauts fonctionnaires ça nourrit dans le monde, attention). Face à des pays faibles, on envoie la force et on les fait reculer. Face à des pays forts, on se dégonfle pour éviter la troisième guerre mondiale. Les organismes internationaux sont, comme disait Jacques Brel dans L’aventure c’est l’aventure, des tigres de papier. Je suis en pleine déprime, je n’ai même plus de surmoi.

Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, sur le droit à la carricature : « Il faut savoir renoncer à certains droits pour que la fraternité puisse s’exprimer dans notre pays ». Euh, non, vous plutôt.

Le « Conseil des sages musulmans » (je crois qu’il faut lui conserver son nom, aussi oxymorique soit-il) a décidé « de mettre en place un comité de juristes internationaux pour poursuivre en justice Charlie Hebdo », et il envisage également de « poursuivre en justice quiconque offense l’islam et ses symboles sacrés. » Il « rejette vivement l’usage de la liberté d’expression », ça c’est la vraie vérité de fond, mais il est juste de dire que la suite de la phrase est « comme prétexte pour porter atteinte au prophète Mahomet. » Bas les masques est l’expression qui me vient à l’esprit pour qualifier cette situation folle. On nous fusille, on nous égorge, on nous coupe la tête, et la réaction des hauts représentants d’une religion de tolérance, d’amour et de paix, loin de se désolidariser de ces horreurs, les trouvent parfaitement légitimes dès lors qu’on s’en est pris à leur prophète et veulent, en plus, nous poursuivre ! Ben on vous attend, les gars.

Interview des chefs de partis reçus à l’Elysée ou à Matignon en vue du nouveau tour de vis : tous ou presque blâment l’imprévoyance du gouvernement, qui fait n’importe quoi (air connu) et n’a rien vu venir. Je me permets de rappeler qu’en vérité, et tous ceux qui ont des yeux peuvent en attester, c’est aussi l’incurie des français qui est cause de la violence de cette seconde vague, et ce quasiment depuis le mois de mai. J’en ai été le témoin à peu près partout, tous lieux et tous milieux confondus. Je suis à deux doigts de demander l’application de la résolution proposée en son temps par Bertold Brecht : « il faut dissoudre le peuple et en élire un nouveau ».

Mercredi 28 octobre – Le covid et l’islamisme se foutent des libertés

D’abord, une pensée sincèrement compatissante pour les malheureux qui sortent, juste maintenant, un film (Dupontel, Maïwenn, Valérie Lemercier). Si je songe à la somme d’efforts que cela doit demander, au temps, à l’énergie qu’il faut pour écrire, monter le projet, le financer, faire le casting, tourner, monter le film etc., quelle terrible injustice.

Maïwenn invitée d’Augustin Trapenard ce matin. Elle a des origines très mélangées, puisqu’elle parlait breton couramment quand elle était enfant, et a un grand-père algérien, ce qui est en gros le thème de son film : démarche on ne peut plus sympathique. Mais ceci, tout même, laisse perplexe : « quand je vais à Alger, j’ai l’impression de rentrer chez moi mais je me sens quand même étrangère, et quand je suis en France, je me sens pas étrangère mais je me sens pas autant chez moi qu’en Algérie ».

Je viens d’employer l’expression « en mains propres ».

Tribune de Clémentine Autain dans Le Monde : « Notre pays ressemble chaque jour un peu plus à une société préfasciste. Le monstre grandit sans qu’aucune résistance collective ne parvienne, pour l’heure, à freiner cette ascension. » Appréciation profondément vraie, mais appliquée à la mauvaise menace : c’est l’islamisme qui nous menace, et qui nourrit l’extrême droite.

Cette tribune, et je ne doute pas qu’elle soit suivie de beaucoup d’autres, fait partie des contre-mesures déployées par cette gauche pour masquer la réalité du problème et dont les auteurs porteront la lourde responsabilité de nous désarmer.

Ouest-France : encore des juges qui décrochent. J’attends la décision pour commenter plus avant, mais l’idée qu’un débat d’intérêt général puisse « neutraliser » une infraction, qui ouvre des perspectives fascinantes, me parait une boite de Pandore dont à peu près n’importe quoi peut sortir. Je m’étais déjà étonné qu’un tribunal retienne, au mépris de toute rigueur juridique, l’état de nécessité, mais au moins cette notion a-t-elle une définition, comportant notamment l’idée de proportionnalité, si chère aux juristes. Celle de la « neutralisation », purement prétorienne, n’obéit à aucune définition, donc les blaireaux qui crèveront des pneus ou ceux qui finiront par tabasser un beauf en SUV, invoqueront aussi la neutralisation de l’infraction.

Lecture d’une longue tribune relative aux « menaces sur les libertés publiques » (à moitié écrite en écriture inclusive… j’aurais dû me méfier). Les juristes sont très épidermiques sur la question des libertés publiques et des droits de l’homme, et dit comme ça, je suis tout à fait d’accord : je suis très attaché aux libertés publiques ! (dire que je suis en train d’écrire ça…). Il parait que les mesures prises par le gouvernement sont une menace, et même que « Si nous n’y prenons pas garde, nous pourrions avoir d’ici quelques années à la tête de nos institutions un pouvoir qui ne cache plus son attirance pour l’autoritarisme et la xénophobie ». Carrément. En plus, « notre culture politique semble plus poreuse aux dérives autoritaires » que celle des anglo-saxons. Ça alors.

Au lieu de discuter pied à pied (tout n’est pas faux, évidemment, même s’il y a dans ce papier un mélange très contestable entre le juridique et le politique : il faudrait, à entendre son auteur, se préparer à résister aux conséquences possibles du suffrage universel… encore un qui va demander la dissolution du peuple), je fais ce petit constat pas extraordinairement original (j’essayerai de faire mieux la prochaine fois) : cette vision si jalouse de nos droits individuels et de nos libertés, est tout de même une faiblesse pour lutter contre des ennemis aussi redoutables que le Covid et l’islamisme, qui ne s’en embarrassent pas.

Jeudi 29 octobre – On a profané « the sacred land »

Basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice (Photo : ©AdobeStock/pixs:sell)

Trois morts au moins dans un attentat à la basilique de Nice. Des fidèles, si je comprends bien, ont été attaqués au couteau. J’attends plus de précisions avant de commenter plus avant. Je ressens comme une sensation de monde qui s’écroule, ce qui ne me ressemble pas du tout, comme si le découragement et la tristesse prenaient le pas sur la colère. Il faut que je me reprenne.

Tweet d’Arié Alimi : « Conflans, Nice, Avignon, Djeddah, la vague d’attentats contre la France démontre que la réponse exclusivement répressive et stigmatisante menée depuis 2015 est source de terrorisme. Du @RN  au @printempsrepub, il faut en finir avec les pompiers pyromanes #Terrorisme ». Là, y m’énerve. Du coup je luis réponds. Ce timing est nul et dégueulasse, le rapprochement RN/PR est dégueulasse aussi, l’inversion qui transforme les coupables en victimes valide la réciproque : les victimes sont des coupables.

Souvenir de cette scène de Highlander : même le barbare et impitoyable Kurgan refuse de se battre dans une église, qui est « sacred land » : la réalité est plus cruelle que la fiction.

Grosse journée, quand même. Un agresseur à Avignon, un autre à Lyon, un troisième à Sartrouville. Comme disait Coluche : ça se rapproche.

Le pape prie pour que « le peuple français bien-aimé réagisse, uni, au mal par le bien », a précisé le Saint-Siège. Jusqu’ici, et il faut absolument que cela dure, on ne voit remonter aucune réaction contre nos compatriotes musulmans. Nul doute que la plus petite info en ce sens est scrutée avec avidité et serait montée en épingle par le CCIF, LFI et compagnie.

On apprend qu’une des trois victimes avait pu prendre la fuite et se réfugier dans un café voisin, où elle est morte après avoir prononcé ces simples mots « Dites à mes enfants que je les aime. »

Message de Monseigneur d’Ornellas, évêque de Rennes, depuis Taizé :

 

« N’ayez pas peur » était une formule de Jean-Paul II (et je retiens un, dirait Coluche). Elle peut faire écho au « not afraid » qui a fleuri, si je me souviens bien, après le Bataclan. Malgré ce terrorisme, qui montre qu’il peut frapper partout et à tout moment, ce n’est pas de ça que j’ai peur, c’est du risque que la situation, dans son ensemble, change ce que nous sommes, ce qu’est ce pays, ce qui le définit en tant que tel et la façon dont on y vit.

L’agresseur d’Avignon est un homme atteint de troubles psychiatriques, qui menace les passants et les policiers, en se prétendant membre de Génération identitaire. A ces mots les gauchistes ne se tiennent plus de joie, ils ouvrent un large bec et se jettent sur leur proie.

Tiens revoila l’illustre Di Vizio : franchement, ça ne me fait pas plaisir de le reconnaître mais JE SUIS VRAIMENT LE DERNIER DES CONS ! Qu’est-ce que je fais pour qu’on parle de moi ? Ben ça, ce petit journal qui ne crée aucun buzz digne de ce nom. Pendant ce temps-là, Maitre Fabrice Di Vizio, l’homme qui trouve 300 heures facturables dans une semaine sans compter le week-end, a un éclair : il dépose un recours en annulation du refus d’autorisation de l’hydroxy-chloroquine, au nom (c’est ce qu’il dit) du Professeur Raoult ! Cet homme, ce confrère, est un génie et moi un minable.

Pire, l’homme vient marcher sur mes plates-bandes puisqu’une plainte contre l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et son directeur « pour mise en danger de la vie d’autrui » et également pour complicité d’administration de substance nuisible, devrait être déposée ce vendredi. Notez qu’il n’est pas pénaliste pour deux sous, ce qui n’en est que plus méritoire. Je suis au bord de la déprime.

J’observe juste qu’une plainte ne peut pas être déposée par tout le monde et n’importe qui, mais par les victimes des infractions dénoncées. Je ne crois pas que la vie du professeur Raoult ait été mise en danger (et je m’en félicite, d’ailleurs) et qu’on lui ait administré des substances nuisibles. J’émets donc de sérieux doutes  sur la recevabilité de cette plainte, mais je vous le demande un peu : quelle importance ? Pour le plaignant, comme pour son tonitruant avocat, ce qui compte c’est son annonce à grand bruit.

Sur LCP, excellent documentaire, « Laïcité, 30 ans de fracture à gauche », à regarder absolument. On y voit des désaccords, l’humilité de ceux qui reconnaissent avoir changé d’avis (Marie-Georges Buffet, Jean Glavany), la lutte, Mimouna Hadjam, de Ni putes ni soumises, qui considère que « ce combat, nous l’avons perdu », l’électoralisme éhonté de Mélenchon qui, quatre ans après avoir prononcé l’éloge funèbre de Charb, défile aux côtés des ennemis de Charlie. Et puis surtout, l’inébranlable, l’inaccessible, l’hors de portée Edwy Plenel, qui démontre une force de caractère peu commune. Rien ne l’atteint, c’en est fascinant, et on a beau lui mettre des faits sous les yeux, tout ce qu’il voit se trouve dans sa tête :

« l’arabe, le musulman, c’est ça votre problème, alors en retour ça crée des radicalités. »

« L’obsession anti-musulmans » de Charlie, « évidemment qu’on est avec la rédaction, mais ». Tout est dans le mais, peu importe ce qui vient après.

« On a le droit de critiquer une religion (attention) mais pas de faire de la critique d’une religion une obsession » (ceux qui ont compris autre chose que le « mais », levez le doigt). Pour finir il glisse une petite perfidie, sans aucune malhonnêteté intellectuelle, faisant allusion au groupe Publicis qui fait de la publicité pour l’Arabie Saoudite. Pour ceux qui ne parlent pas le Plenel couramment : Elisabeth Badinter en est l’héritière, et en plus c’est une grande bourgeoise, donc elle ferait mieux de la fermer.

Elle est pourtant exemplaire sur le terrain combiné de la laïcité et du féminisme, et la vision des signataires de l’appel de 1989 (Elisabeth de Fontenay, Catherine Kinzler, Alain Finkielkraut, Régis Debray et elle) était quasi prémonitoire, mais ce sont des Cassandre. Une occasion a certainement été ratée et a été suivie de nombreuses autres, tout aussi ratées. L’affaire du voile de Creil, et notre faiblesse à ce moment, est le battement d’aile du papillon qui a mené au cyclone que nous affrontons aujourd’hui.

Post d’un journaliste néerlandais : « Une criminologue néerlandaise explique le grand nombre des attentats islamistes en France par ‘le chauvinisme et la culture fermée’ des Français. » Ah OK, justement je me demandais d’où ça venait. Donc encore une fois, c’est notre faute.

Christophe Barbier :  « Il faut une réponse politique plus profonde[]Changer le droit d’asile ? le droit d’immigration ? changer les règles de droit qui font qu’on ne peut pas accuser quelqu’un de faits qu’il n’a pas encore commis ? Ce débat doit avoir lieu rapidement ». Ces déclarations dignes du café du commerce (mais avec l’écharpe rouge ça fait intello) sont du pain béni pour les négationnistes, toujours à l’affût des atteintes à l’état de droit et du fascisme rampant, ce qui permet de parler d’autre chose que du cœur de la question : tu ne nous aides pas, Christophe.

Didier Daeninckx dans Le Monde : « Qui aurait pu imaginer que la gauche se déchirerait à propos d’un délit imaginaire (l’islamophobie) forgé par des assassins ? ». Cet homme, né à Saint Denis, ayant vécu à Aubervilliers, avait déjà pointé l’islamisme et le clientélisme de certains politiques. Qui osera le traiter de bourgeois, de facho ou de réac ? J’attends.

Vendredi 30 octobre – Re-confiné

Photo : ©AdobeStock/Jean-Luc

Nouveau confinement, nouvelle pesée : 66,3 kilos, tout nu tout sec.

A la fin de cette semaine à nulle autre pareille, me vient à l’esprit cette question qu’aiment à poser les coachs et autres évaluateurs de potentiel : « Où vous voyez vous dans 5 ans ? ». Ne me demandez pas aujourd’hui, merci.

Sans commentaire : « États-Unis: Walmart retire les armes de ses rayons avant la présidentielle ».

« La police est intervenue à Dijon pour disperser une démonstration de force de la communauté turque souhaitant en découdre avec des Arméniens, tout en brandissant des drapeaux de leur pays. »

Tribune très éclairante sur la façon dont le terme « islamo-gauchiste », et la notion, ont été forgés, par son inventeur, Pierre-André Taguieff.

Monseigneur Le Gall, évêque de Toulouse, énonce la connerie du jour : il est « contre la liberté de blasphémer les religions en France. L’archevêque de Toulouse s’oppose à la diffusion de caricatures religieuses comme celles du prophète Mahomet, ayant entraîné l’assassinat du professeur dans les Yvelines.  « On ne se moque pas impunément des religions, vous voyez le résultat que ça donne. » Pour lui, montrer à des enfants notamment des caricatures de Mahomet, c’est jeter « de l’huile sur le feu », et il ajoute : « On ne peut pas se permettre de se moquer des religions. » Non seulement on peut, mais on doit, Monseigneur.

Charlie à propos de la vision que propose la presse anglo-saxonne (singulièrement le si prévisible New York Times) : « La police française tire et tue un homme après une attaque meurtrière au couteau dans la rue » : c’est avec ce titre que le New York Times a fait état de la décapitation de Samuel Paty ». Vive le multiculturalisme. Déjà dans le temps (loi de 2004 notamment) le même NYT nous considérait comme des racistes, juste pour avoir voulu interdire le voile à l’école… Lâcheté ? Politiquement correct ? Comprends pas.

« Khabib Nurmagomedov qui s’en est pris au président de la République, le traitant «d’ordure». Le champion du monde poids légers d’arts martiaux mixtes est originaire du Daguestan, une région russe à majorité musulmane, et est lui-même pratiquant. «Que le Tout puissant défigure cette ordure et tous ses disciples qui au nom de la liberté d’expression insultent la foi de plus d’un milliard et demi de musulmans, écrit le sportif de 32 ans dans un message publié en russe et en arabe sur Instagram. Croyez-moi, ces provocations auront pour eux de graves conséquences car les pieux ont toujours le dernier mot». Insultes, menaces, pas un mot sur les attentats (qu’est-ce qu’il en a à faire qu’on décapite les gens chez nous ?).

J’ai déjà dit (en me gendarmant pour ne pas employer trop de termes grossiers, ayant décidé, malgré les circonstances, de conserver à ce journal une certaine tenue) tout le mal que je pensais de Justin Trudeau, il vient de le confirmer brillamment :  en gros, ce qui nous arrive, c’est nous qui l’avons provoqué. S’il ne dit pas vraiment que nous l’avons mérité, du moins l’avons-nous causé.

 

*Si vous avez manqué les épisodes précédents, c’est par ici 

 

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