« Le G7 des avocats rappelle la place du droit »

Publié le 11/06/2021 - mis à jour le 14/06/2021 à 8H50

Pour la troisième fois, les avocats des pays du G7 se sont réunis en amont de la rencontre des chefs d’État qui aura lieu du 11 au 13 juin prochains en Cornouailles. Ils se sont mis d’accord sur deux résolutions, sur lesquelles revient le président du Conseil national des barreaux (CNB), Jérôme Gavaudan.

Actu-juridique : Qu’est-ce que le G7 des avocats ?

Jérôme Gavaudan : C’est le résultat d’une intuition de l’ancienne présidente du CNB, Christiane Féral-Schuhl, qui en 2019, lorsque le G7 se tenait alors à Biarritz, avait eu l’idée de saisir cette occasion pour créer le G7 des avocats. Celui-ci avait ensuite été labellisé par la présidence de la République. Cela signifiait que les avocats y avaient leur place, c’était un acte fondateur important. Les présidents des instances représentatives des avocats du G7 ont continué cette action. Cette année, le G7 se tiendra à Carbis Bay, en Cornouailles. Le G7 des avocats s’est donc déroulé sous présidence britannique. Nous voulons porter la voix des avocats de ces pays industrialisés. En nous regroupant, nous représentons 1, 8 millions d’avocats. Nous avons une place particulière et pouvons peser sur les orientations politiques de ces pays. Nous sommes une force pour la société civile.

AJ : Comment avez-vous travaillé dans ce contexte de crise sanitaire ?

J.G. : Nous aurions évidemment préféré une rencontre physique avec tous les représentants des avocats. Nous avons eu des réunions préparatoires en visioconférence. Chacun a pris la parole à son tour et cela a été une réussite. Malgré les écrans, ces rencontres ont été chaleureuses. Cela nous a fait plaisir de nous retrouver. Nous espérons pouvoir nous rencontrer lors des prochaines éditions.

AJ : Sur quoi portent les résolutions ?

J.G. : Deux thèmes se sont imposés : le changement climatique et les technologies numériques. Ces deux sujets très sociaux, qui font l’objet de notre première résolution, peuvent paraître consensuels. Seulement, du fait de nos cultures et de la façon dont le droit s’exerce dans chaque pays, cela aurait pu ne pas être simple. Nous aurions pu faire un constat d’échec. Il n’en a rien été. Nous avons pris des décisions et les avons améliorées. On s’aperçoit que l’ADN de l’avocat à travers le monde est le même. C’était rassurant, encourageant et apaisant de nous retrouver autour de valeurs communes.

AJ : Pourquoi ce thème du changement climatique ?

J.G : C’est la présidente britannique qui a mis ce sujet à l’ordre du jour. Nous avons tous estimé qu’on avait à participer, non pas pour suivre un effet de mode mais pour livrer une réflexion qui nous soit propre sur le sujet. Il y a des réflexions à mener sur le droit de l’environnement et les traités internationaux. L’avocat peut apporter son éclairage sur l’ingénierie juridique. Cette réflexion concerne le droit, donc les avocats. En plus de prendre part au débat sur le plan géopolitique, nous avons voulu dire que les avocats pouvaient agir dans leurs cabinets. Nos organisations représentatives peuvent aider les cabinets et prestataires du droit à penser environnement comme cela se fait de plus en plus dans la société.

AJ : Quelle position prenez-vous sur les nouvelles technologies ?

J.G. : Nous avons tous été d’accord pour dire que les nouvelles technologies sont importantes pour le bon fonctionnement des juridictions. Nous avons cependant précisé qu’il fallait qu’une éthique régisse leur utilisation. Nous avons défini des principes sur la justice prédictive et la gestion des algorithmes. Transparence, égalité, éthique et compétence doivent s’imposer. Les avocats sont modernes et capables de promouvoir l’utilisation des technologues mais défendent une justice humaine. La France tenait particulièrement à rappeler cela, les autres pays ont suivi. Nous sommes un pays moteur de l’événement, parce que le barreau est fondateur. Nous avons également rappelé que nos cabinets sont aussi des acteurs économiques, et qu’il fallait les aider pendant et après la crise sanitaire.

AJ : La deuxième résolution, plus classique, porte sur les avocats en danger dans le monde. Que vouliez-vous dire ?

J.G. : Les grandes démocraties doivent s’engager pour défendre la justice, laisser travailler en toute indépendance les magistrats et les avocats. Les sept pays signataires n’ont pas nécessairement une justice sous pression. Cette résolution est surtout tournée vers l’extérieur. Il s’agit de se dire que, nous, les organisations représentatives de la profession, avons l’intention de collaborer pour soutenir les institutions, les barreaux et les associations qui défendent les avocats en danger, partout dans le monde, afin de renforcer l’État de droit. Il est nécessaire d’avoir des avocats libres et indépendants, dans l’intérêt du justiciable et de la démocratie.

AJ : Quelles seront les suites de ce G7 ?

J.G. : Nous avons l’idée de continuer à nous voir, de nous rendre compte mutuellement de ce que nous avons fait dans nos pays respectifs. Ce G7 des avocats permet de rappeler aux gouvernements des grands pays industrialisés que la place du droit est essentielle et que les problématiques se règlent par le droit. Peut-on espérer obtenir des résultats tangibles, qui se traduiraient par exemple dans la rédaction de traités ? C’est encore difficile à dire. Cette action débute. Nous avons en tout cas pris dans le débat une place que nous n’avions pas avant 2019.

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