Grand Paris

« Les notaires sont des acteurs du territoire »

Publié le 02/06/2021 - mis à jour le 04/06/2021 à 9H56

Les notaires du Grand Paris entendent peser dans le débat électoral. Avant le premier tour des élections régionales, ils échangeront chaque semaine avec un candidat dans le cadre d’un débat retransmis sur leur chaîne Youtube. Avant d’ouvrir ce cycle d’échanges, Cédric Blanchet, président de la Chambre des notaires de Paris, nous en explique la raison d’être.

Actu-Juridique : Pourquoi avez-vous voulu prendre part à la campagne électorale des élections régionales ?

Cédric Blanchet : C’est quelque chose que nous avions déjà fait dans le cadre des deux précédentes campagnes pour les élections municipales, et les candidats à la mairie de Paris s’étaient bien prêtés au jeu. Cette fois-ci, tous les candidats, sauf un, ont accepté notre invitation. Nous sommes dans la perspective de démontrer que les notaires, et notamment ceux du Grand Paris, sont des acteurs du territoire. Il nous paraissait important d’avoir un dialogue avec les représentants politiques pour qu’ils nous considèrent comme tels. Nous ne sommes pas seulement dans nos pratiques professionnelles quotidiennes. Nous intervenons sur tous les grands projets fonciers, travaillons de pair avec les collectivités territoriales. Nous suivons de près toutes les mutations importantes du territoire. Un exemple concret : les grands appels à projets ont tous été faits avec les outils juridiques mis à disposition par la Chambre des notaires du Grand Paris. Le notariat participe à l’activité du territoire.

AJ : Vous devez donc revendiquer ce statut d’acteur de poids ?

C.B. : Les réponses positives faites par les candidats à notre invitation à débattre montrent que notre position est reconnue. C’est un fait relativement nouveau, mais il faut dire qu’on ne la revendiquait pas auparavant. Ce n’est que lorsque nous avons lancé la marque  : « notaire du Grand Paris », en décembre 2018, que nous nous sommes réellement posés comme acteurs du développement de la Métropole. Mon prédécesseur à la Chambre des notaires de Paris, Bertrand Savouré, a ancré ce positionnement.

AJ : Qu’est-ce que cette marque « notaires du Grand Paris » ?

C.B. : Ce n’est pas quelque chose d’institutionnel. Il s’agit du regroupement des cinq chambres notariales d’Île-de-France, que sont la Chambre des notaires de Paris qui regroupe les notaires de Paris et ceux de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, celle de Seine-et-Marne, de l’Essone, des Hauts-de-Seine, et celle des Yvelines-Val d’Oise qui regroupe les notaires de ces deux départements. Le fait de nous unir nous donne plus de poids. Nous évoluons dans des environnements aux problématiques similaires. Travailler ensemble nous permet également d’ unifier nos pratiques professionnelles de sorte que sur le territoire francilien, la relation des notaires avec leurs clients soit homogène.

AJ : Quels sujets voulez-vous aborder avec les candidats en campagne ?

C.B. : Nous n’allons évidemment pas parler de sécurité ou d’alliances politiciennes mais évoquer les sujets qui nous mobilisent. Le cadre de vie et l’attractivité du territoire sont les deux sujets majeurs pour nous. Il nous importe de savoir dans quel contexte le citoyen d’Île-de-France vivra demain, quels seront les transports, les logements dont il bénéficiera. L’autre grand sujet est de savoir comment les candidats envisagent de développer la région dans la planète monde. Ces rencontres sont faites pour écouter ce qu’ont à nous dire les candidats en campagne. Nous avons par ailleurs nos idées sur ces deux thèmes, mais le moment n’est pas encore venu pour nous d’en faire part dans le débat public.

AJ : Le logement est un grand sujet pour vous…

C.B. : Le logement est à la fois une part importante de l’activité des notaires et un sujet de préoccupation majeur pour leurs clients. En tant que notaires, nous avons un poste d’observation privilégié sur la société et pouvons faire valoir ce que l’on constate au quotidien. Le logement est un sujet difficile pour nombre de Franciliens, et ce qu’il s’agisse de location ou d’achat. Nous aimerions savoir où en est la réflexion des politiques sur le logement pour essayer de détendre la zone.

AJ : Quelles sont vos interrogations quant au Grand Paris ?

C.B. : Sur le plan de l’attractivité du Grand Paris, nous aimerions savoir quelles sont les perspectives des candidats pour la distinguer des concurrents européens et mondiaux. Par ailleurs, tout le monde parle du Grand Paris mais personne ne sait quelle sera la gouvernance de cette « région monde », si celle-ci se fera au niveau régional ou national. Personne n’a visiblement tranché, ce qui n’empêche pas la Métropole de se construire d’ailleurs. Les transports avancent bien. Mais il faudra trancher ce sujet important.

AJ : Attendez-vous des précisions sur la sortie de la crise sanitaire ?

C.B. : Les notaires sont aussi des chefs d’entreprise et se posent en effet des questions sur la relance. Nous nous demandons comment va se faire la transition entre la période actuelle, qui voit l’État perfuser des pans entiers de l’économie, et l’arrêt de ces subventions. Nous souhaiterions savoir comment, localement, la région entend faire redémarrer les entreprises.

AJ : Le numérique est également un sujet dont vous souhaitez parler aux candidats. Pourquoi ?

C.B. : C’est un thème traditionnel pour les notaires qui ont toujours été en avance sur le sujet. Nous utilisons des actes électroniques depuis presque dix ans. Grâce à cette avance, nous n’avons presque pas cessé de travailler, même lors du premier confinement en mars 2020. Comme pour beaucoup de professions, la crise sanitaire a néanmoins eu un effet accélérateur dans le développement du numérique, et il faut désormais que l’on digère les modifications apportées à la pratique de nos métiers. Il serait intéressant pour nous de savoir comment les élus régionaux s’empareront de ce sujet. Que pensent-ils, par exemple, de la carte d’identité numérique ? L’État et les collectivités vont devoir prendre position. Certaines de nos questions dépendent peut-être davantage des prérogatives étatiques que régionales, mais plusieurs candidats aux régionales ont également des ambitions nationales. Cela nous donne deux bonnes raisons d’échanger avec eux.

AJ : En quoi consistent les réflexions que vous menez de votre côté ?

C.B. : Parallèlement à ces rencontres avec les candidats, nous avons initié un travail pour faire des propositions en nombre limité mais très opérationnelles sur des sujets que nous connaissons bien. Le premier groupe de travail que nous avons monté porte sur le logement. Pour en améliorer l’accès, nous aimerions faire des propositions concrètes et faciles à mettre en application d’ici l’été. Nous cherchons des solutions pour faire baisser les prix à l’achat et à la location, et réfléchissons à la propriété. Nous envisageons de nouvelles formes, par exemple distinguer propriété et jouissance. Nous savons que les millennials n’achètent plus forcément de voiture individuelle, qu’ils peuvent, au lieu de cela, louer ou partager un véhicule. Nous nous demandons s’il y a, de manière générale, un changement de mentalité à l’égard de la propriété. En les interrogeant, nous nous sommes rendu compte que pour leur appartement ils restent attachés au système de propriété traditionnelle : on achète, on fait une plus-value, on transmet. Nous devons continuer à mettre nos idées à l’épreuve.

X