« Il faut nous réinventer pour transformer nos ressortissants en clients »

Publié le 28/10/2019 - mis à jour le 28/10/2019 à 15H57

Philippe Valentin a été élu, le 16 septembre dernier, président de la Chambre de commerces et d’industrie métropolitaine Lyon Saint-étienne Roanne, la deuxième de France. Devant lui un chantier capital : celui de la transformation du modèle économique de son organisation consulaire confrontée à une baisse drastique des financements publiques.  

Philippe Valentin ©Stéphanie Gallo Triouleyre

 

Actu-Juridique : Emmanuel Imberton a démissionné le mois dernier, pour raisons personnelles, de la présidence de la chambre de commerce métropolitaine Lyon Saint-étienne Roanne. Il semble que vous étiez le successeur naturel, aucun autre nom que le vôtre n’a circulé entre l’annonce de sa démission et celle de votre élection…

Philippe Valentin : Les syndicats professionnels m’ont effectivement désigné de façon unanime. Je suis élu consulaire depuis longtemps puisque j’effectue actuellement mon troisième mandat. Je connais parfaitement les arcanes de cette maison. La tâche étant complexe, cette connaissance représentait un atout certain. J’avais débuté comme élu de base puis comme président de la délégation de Lyon au sein de la CCI métropolitaine. Et désormais, donc, comme président de la chambre.

A-J : Pouvez-vous en dire plus sur votre carrière et vous ?

P.V : J’ai été salarié d’une chambre de commerce, donc de l’autre côté de la barrière. Je réalisais du transfert de technologie et je gérais une école d’ingénieurs. En 1991, je me suis lancé dans l’entrepreneuriat en reprenant une affaire familiale. Mon groupe représente désormais 130 salariés pour un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros. Le siège social est implanté à Villeurbanne.

A-J : Quelles sont les données concrètes qui caractérisent cette CCI métropolitaine ?

P.V : Nous avons 486 salariés et environ 130 000 clients. La CCI Lyon Saint-étienne Roanne est la seconde CCI de France, après celle de Paris. Nous disposons aussi du deuxième centre de formation de France et de quelques actifs importants : nous sommes par exemple actionnaires de l’aéroport Saint-Exupery et d’Eurexpo.

A-J : Vous employez le terme de clients, et non celui, plus habituel pour les consulaires, de ressortissants. Pourquoi ?

P.V : Nous devons, en effet, opérer une mutation majeure. Nos recettes fiscales s’amenuisent de façon drastique : nous allons perdre 12 millions d’euros entre cette année et l’année prochaine sur un chiffre d’affaires total de 52 millions d’euros. À l’horizon 2023, 75% des recettes fiscales vont disparaître, soit la moitié de notre budget ! Il nous faut donc changer, nous réinventer pour transformer nos ressortissants en clients de nouveaux services payants. Il s’agit d’un vrai choc culturel pour une organisation comme la nôtre. Nous sommes néanmoins conscients qu’il nous sera impossible de compenser entièrement cette chute des recettes fiscales. Par conséquent, nous ne pourrons probablement pas conserver l’ensemble de nos salariés. Nous essayons de trouver des solutions pour atténuer au maximum les conséquences de cette baisse des recettes.

A-J : Est-ce que les entreprises vont accepter de payer ces services alors qu’elles versent déjà une taxe ?

P.V : Les missions régaliennes restent gratuites évidemment. Pour le reste, si nous proposons des services avec un retour sur investissement satisfaisant, le client paiera sans problème. L’enjeu est désormais de réussir à complémenter notre offre pour obtenir une réelle valeur ajoutée. Par exemple, nous allons mettre en place un abonnement : le client sera assuré que nous suivrons et anticiperons les principales étapes de son développement.

A-J : Pensez-vous que les services de la CCI sont suffisamment connus ?

P.V : Non, effectivement. Lorsque les dirigeants connaissent nos services, ils deviennent vite de grands consommateurs mais trop d’entreprises font appel à nous uniquement au moment de la création de leur structure.  Pour pallier cette problématique, nous devons créer un parcours client complet, depuis la création jusqu’à la transmission. Et puis, il nous faut en parallèle nous appuyer sur le digital. Pourquoi ? 10 000 nouvelles entreprises se créent chaque année, il est évident que la CCI ne peut pas toutes les suivre individuellement. Dans ce contexte, le digital peut apporter une efficacité certaine dans un panachage bien dosé entre accompagnement de proximité, numérique, ou via des partenaires. L’objectif étant, bien entendu, que chaque entreprise trouve une réponse à son besoin.

A-J : En plus du développement de services payants, vous comptez également sur la mise en place d’une société d’investissements pour assurer l’équilibre financier de la CCI. Quel est votre projet ?

P.V : Nous souhaitons créer une société d’investissement qui sera couplée avec notre accélérateur de start-ups, Novacité, qui fonctionne déjà très bien depuis 25 ans. Nous voulons désormais aller plus loin en entrant au capital de certaines starts-ups accompagnées par Novacité, via des tickets modestes oscillant entre 5 et 15 000 euros environ. Notre crédibilité permettra à ces jeunes pousses d’ouvrir d’autres portes et, en même temps, nous aurons un retour sur investissement grâce à celles qui développeront des rentabilités intéressantes. Nous devrions être opérationnels début 2020.

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