Seine-Saint-Denis (93)

Avec les Journées du Matrimoine, Montreuil défend la place des femmes dans la ville

Publié le 04/10/2021 - mis à jour le 04/10/2021 à 10H55

Avec les Journées du Matrimoine, Montreuil défend la place des femmes dans la ville

Les 18 et 19 septembre derniers, les Journées du Matrimoine se tennaient en Île-de-France. Elles étaient organisées en parallèle des Journées européennes du patrimoine et ont pour objectif de mettre en lumière l’apport des femmes à la création, et in fine de promouvoir l’égalité. À Montreuil, municipalité qui se revendique féministe, l’événement a duré une semaine entière, du 17 au 25 septembre. Alexie Lorca, maire adjointe déléguée à la culture, nous explique le sens de cet événement.

Actu-juridique : Comment se sont organisées ces journées du patrimoine ?

Alexie Lorca : Montreuil avait déjà organisé certaines manifestations l’année dernière dans le cadre de l’événement national. Cette année, pour la première fois, la ville organise des Journées du Matrimoine plus longues que ce qui est prévu au niveau national. L’organisation de ces journées a été compliquée par la crise sanitaire. On les a montées tant bien que mal. C’est une première édition et nous espérons que ça permettra à des acteurs de la ville – écoles, centres sociaux, établissements culturels – de s’en inspirer pour les années suivantes. Nous voudrions inscrire cet événement à l’agenda de la ville tous les ans, et monter en puissance d’année en année. Pour cela, il faut que tout le monde y pense.

AJ : Montreuil se revendique comme une ville féministe ?

A.L. : « Montreuil, ville féministe », c’est une volonté du maire. L’engagement pour les droits des femmes existe depuis longtemps à Montreuil. Ces Journées du Matrimoine permettent de donner une visibilité aux différentes expressions du féminisme dans la ville. C’est important d’avoir un programme qui permet de tout concentrer. Comme la ville est grande et qu’il y a beaucoup d’initiatives, ce n’est pas toujours lisible.

AJ : Que contient le programme ?

A.L. : C’est un programme éclectique. Il y a du théâtre, avec des pièces d’actrices de l’Ancien Régime ; de la musique, avec la mise en valeur de femmes compositrices et des concerts de rap 100% féminins ; la projection d’un film réalisé par une pionnière du cinéma… Nous voulons montrer aussi l’histoire des femmes. Il y a eu, pendant des siècles, une vraie volonté d’invisibiliser les femmes, pour qu’elles ne créent plus et disparaissent de la scène artistique. On redécouvre tout cela, et on met également en avant la création contemporaine. Au nouveau théâtre de Montreuil, on a des rencontres avec des autrices qui font le Matrimoine de demain.

AJ : Comment l’avez-vous conçu ?

A.L. : Nous avons travaillé avec nos partenaires habituels : les structures culturelles de la ville, qu’elles soient privées, nationales, municipales, associatives. Nous avons la chance d’avoir à Montreuil une metteuse en scène de théâtre, Aurore Evain, qui est également chercheuse. Son objet d’étude depuis des années est le Matrimoine. Elle travaille beaucoup sur le théâtre et a monté, au théâtre municipal Berthelot et à la cartoucherie de Vincennes, des pièces données au XVIIe siècle et tombées dans l’oubli depuis. Elle m’a raconté l’histoire du Matrimoine théâtral. Je me suis rendu compte par ailleurs qu’il y avait, à Montreuil, énormément d’autrices de théâtre. Nous leur avons donné carte blanche dans un théâtre de la ville en 2019. Les autrices avaient alors échangé avec le public sur leur difficultés dans le monde du théâtre. Elles s’étaient regroupées en un collectif, Créatures, et avaient dès lors commencé à travailler sur plusieurs projets, dont celui de Matrimoine.

AJ : Quel est le sens de cet événement ?

A.L. : Le but de ces journées est de participer à la visibilité des femmes. On veut être une ville féministe, construites sur des racines profondes. Elles sont là mais ne sont pas visibles. Parmi les autrices mises en lumière par Aurore Evain, certaines étaient au répertoire de la Comédie française et en ont été enlevées, ce qui montre à quel point cet effacement a été volontaire. La Comédie française ne les a pas remises au répertoire. Nous voulons au contraire montrer tout ce qui a été fait par les femmes. Quand on raconte l’histoire d’Alice Gay par exemple qui était secrétaire chez Gaumont et est devenue l’une des premières productrice à Hollywood, cela a du sens car cela donne des modèles aux jeunes filles d’aujourd’hui. Voir qu’il y avait des femmes dès le début du cinéma peut leur donner des idées, leur montrer qu’elles aussi peuvent oser entreprendre de telles choses.

AJ : D’où vient cette tradition féministe à Montreuil ?

A.L. : C’est depuis longtemps une des identités importante de Montreuil. Elle a été réaffirmée quand Patrice Bessac, tout juste élu maire, a affiché sa volonté de travailler là-dessus. Cela se traduit concrètement dans différentes actions de la ville. On va repenser les cours de récréation des écoles, qui sont extrêmement genrées. Dans la plupart des établissements, le terrain de foot est inscrit au sol et prend toute la place, au milieu. Les filles ont du mal à l’intégrer et ont à peine la place de jouer à autre chose autour. Il faut que les filles reprennent une place au centre. L’éclairage public est un autre enjeu. Dans certains avenues mal éclairées, les femmes ont peur et se déplacent moins le soir. Il faut que l’éclairage les sécurise. La ville de Montreuil promeut les cultures urbaines. Nous voulons favoriser une parité dans les arts urbains. La ville de Montreuil commande des fresques murales à des artistes. Nous voulons voir des œuvres de femmes autant que d’hommes, et voir des femmes perchées sur des échafaudages au moment de leur réalisation.

AJ : Quels retours avez-vous sur les journées du Matrimoine ?

A.L. : Depuis que le programme est sorti, les retours sont positifs. Nous avons dû renoncer à certaines choses du fait du contexte sanitaire. Des propositions d’ateliers dans les écoles ont ainsi du être annulées. Nous espérons pouvoir les développer l’année prochaine. Nous souhaitons à l’avenir que ces journées montent en puissance et deviennent un événement qui mobilise les commerçants et tous les relais de la ville qui peuvent aider à rendre visible ces femmes créatrices.

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