Université : « Après la crise sanitaire, un rattrapage va se faire en termes de méthode, de niveau par les étudiants »

Publié le 01/12/2021 - mis à jour le 01/12/2021 à 10H15

Les plus de 2 500 étudiants de la faculté de droit et de sciences politiques de l’université Versailles Saint-Quentin (UVSQ) ont pu retrouver des conditions quasi-normales pour cette rentrée scolaire 2021. Mis à part le port du masque obligatoire et l’application des gestes barrières, les cours et les travaux dirigés en présentiel ont repris. Une situation, après plus d’un an et demi de normes exceptionnelles dans le contexte de la crise sanitaire. Une adaptation des cours en distanciel, une modification des examens, en prenant en compte les circonstances particulières tout en maintenant la valeur du diplôme. Actu-Juridique fait un premier bilan de cette période avec Marie-Emma Boursier, doyen de la faculté de droit et de sciences politiques de l’UVSQ.

Actu-Juridique : Quel bilan faites-vous de l’impact de la crise sanitaire sur la faculté de droit de l’UVSQ ?

Marie-Emma Boursier : Le bilan ne peut pas être totalement objectivé aujourd’hui, hormis les résultats de passage des étudiants d’une année sur l’autre et leur ressenti à travers des échanges informels ou les instances représentatives. En mars 2020, nous avons tous été surpris par cette pandémie et nous nous sommes trouvés dans une situation très difficile. Nous n’étions ni prêts en termes de savoir-faire, ni dimensionnés techniquement pour passer en quelques jours des cours en présentiel dans les amphithéâtres à un enseignement à distance en visioconférence, avec des outils que nous ne connaissions pas, tout en conservant la qualité des cours. L’autre difficulté à laquelle nous nous sommes heurtés était les effectifs d’étudiants – plus de 500 étudiants dans les amphis en première année et des dizaines de groupes de travaux dirigés. C’était une stupéfaction et une période tendue. Nous avons tenté d’assurer une continuité pédagogique avec les moyens en notre possession. La communication à l’égard des étudiants, entre les enseignants-chercheurs et l’administration, a été fondamentale, même si perfectible et a permis d’amortir cette transition. Mais la période a été compliquée pour les étudiants.

AJ : Comment avez-vous assuré le passage des examens en 2020 ?

M.-E. B. : Dans les obstacles, il y a eu aussi un caractère très contraignant des modalités d’examens. Elles font l’objet de vote dans toutes les universités, l’année précédant l’année universitaire en cours. En mai 2020, avec l’arrivée des examens, nous ne pouvions pas assurer ce qui était prévu. Il y a eu un aspect règlementaire orchestré par le ministère de l’Enseignement supérieur. Nous l’avons appliqué, en modifiant nos calendriers, nos modalités de contrôle de connaissance à travers un vote. Il y a eu une lourdeur institutionnelle pour rester dans les exigences règlementaires, avec une aide de l’état d’urgence. La première période qui tombait pendant les examens s’est passée dans la douleur. Nous avons fait au mieux pour les étudiants, avec un passage intégral des épreuves à distance, en utilisant la plateforme Moodle que nous ne connaissions pas.

AJ : Quelles ont été les conséquences de la crise sanitaire sur les résultats de vos étudiants ?

M.-E. B. : Les étudiants ont été à la hauteur car les épreuves, dont la durée est passée de 3 heures à 1 heure, ont été mécaniquement moins difficiles.

Une attention double : préserver la valeur du diplôme et tenir compte des difficultés de la situation

Les taux de réussite en première et seconde session étaient légèrement supérieurs aux années précédentes. Notre attention a été double : préserver la valeur du diplôme et tenir compte des difficultés dans lesquelles nous nous trouvions avec les étudiants. Nous n’avons pas constaté de phénomène de décrochage ni aux examens ni dans les enseignements, même si nous n’avons pas comptabilisé les connexions à chaque cours. Le phénomène n’a pas été plus significatif que les années précédentes. En première année, comme toujours, il y a du décrochage mais c’est normal en raison des possibles réorientations.

AJ : Comment vous êtes-vous organisé pour la rentrée 2020 ?

M.-E. B. : Nous avons préparé la rentrée 2020 dans une immense incertitude. Nous avons eu des directives via une circulaire de notre ministère le 20 juillet alors que la faculté fermait le 23 juillet. Nous avons mis en place un système hybride : une jauge à 50 %. Nos locaux de 6 000 m2 restent modestes par rapport à nos plus de 2 500 étudiants. Nous avons dû, par exemple, diviser les élèves de première année en quatre promotions, avec des semaines A et B ce qui a engendré une grande complexité d’organisation avec une difficulté de compréhension plus importante pour les néo-entrants. Ils ont terminé leur année de terminale avec la crise sanitaire et sont arrivés avec une organisation administrative et un accès à l’information pour lequel ils ne sont pas très autonomes. Nous avons finalement réussi. Mais nous sommes passés de neuf séances de TD en présence à quatre séances en présentiel avec une séance à distance. L’hybridation était compliquée et nous devions nous mettre en ordre pour permettre un accès au wifi dans toutes les salles de cours.

« Certains étudiants n’avaient pas forcément de matériel informatique à disposition »

AJ : Comment les étudiants de la faculté de droit de l’UVSQ ont-ils vécu cette situation ?

M.-E. B. : La fragilité de certains étudiants nous est apparue plus clairement avec la crise sanitaire. La première problématique concernait des questions d’équipement informatique. Des étudiants ne pouvaient pas suivre les cours en visioconférence à leur domicile à cause d’un problème internet. Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation s’est rapproché de grands opérateurs de téléphonie mobile pour proposer des forfaits plus intéressants aux étudiants. Cette difficulté a été très récurrente. La seconde problématique rencontrée par les étudiants était de travailler chez eux, dans un cadre familial avec des parents en télétravail, des frères et sœurs confinés au domicile. Certains étudiants n’avaient pas forcément de matériel informatique à disposition. L’UVSQ a pallié ces difficultés, en proposant des ventes d’ordinateurs. Il a également été proposé aux étudiants dont le milieu de travail ne leur permettait pas de travailler sereinement, de suivre leur cours à la faculté. Enfin, à noter un phénomène d’isolement important pendant plusieurs mois pour certains étudiants qui se retrouvaient seuls dans leur chambre du Crous. Toutes les solutions qui leur ont été apportées et pour lesquelles nous avons été attentifs, relèvent des services sociaux et de l’organisation par l’université.

AJ : Quel a été l’impact au niveau pédagogique sur l’année scolaire 2020-2021 ?

M.-E. B. : Au niveau pédagogique, l’année a été insatisfaisante par rapport à la normale puisque nous n’avons pas pu suivre les étudiants toutes les semaines et leur demander des travaux régulièrement. Nous avons été attentifs à la qualité des enseignements dispensés. Mais nous avons dû réduire un certain nombre d’exigence durant les examens, notamment s’agissant de l’ampleur des acquisitions des connaissances et des compétences. Nous avons aussi fait preuve d’une compréhension plus grande de l’absence de maîtrise d’exercices typiquement juridiques comme le commentaire d’arrêts. Ce type d’activité nécessite de la pratique notamment en travaux dirigés ce qui n’a pas été le cas. Une forme de bienveillance a donc été adoptée, portée aussi par la nécessité de maintenir une valeur au diplôme pour permettre ensuite une insertion optimale aux étudiants.

AJ : Avez-vous le sentiment que cette génération d’étudiants, qui a été impactée par la crise sanitaire, va connaître des difficultés dans leur cursus professionnel futur ?

M.-E. B. : Je ne crois pas. Je pense qu’il y a deux situations. D’abord la crise sanitaire a dissuadé plus rapidement certains étudiants dans leur choix des études de droit. C’est un phénomène courant notamment en première année et la situation particulière du Covid-19 l’a accéléré. Ensuite, pour les étudiants qui ont connu une première année ou une fin de première année, et un début de seconde année compliqués, pour l’année 2021-2022, nous avons retrouvé des conditions normales pour les étudiants. Un rattrapage va se faire en termes de méthode, de niveau. Puis, ils auront le cycle de master pour acquérir les compétences et connaissances nécessaires.

AJ : Plus globalement, quels sont les débouchés des étudiants qui sortent de la faculté de droit de l’UVSQ ?

M.-E. B. : Les orientations sont très larges. Les étudiants de l’UVSQ se destinent principalement à des carrières juridiques ou judiciaires. Le métier d’avocat est mis en avant et recherché par nos élèves, dans de nombreuses spécialités. La magistrature représente un nombre plus faible d’étudiants car il y a moins de débouchés et de places. La sélectivité du concours est assez importante pour entrer à l’École nationale de la magistrature (ENM). Nous formons aussi de nombreux futurs commissaires de police, officiers de police judiciaire ou commissaires des armées. Puis, des étudiants se dirigent aussi vers des activités juridiques dans les entreprises privées notamment juriste de société. Enfin, de façon très significative depuis quelques années, le monde de la compliance dans les établissements bancaires, financiers et dans les nouvelles technologies attire les jeunes juristes pénalistes ou spécialisés en propriété intellectuelle ou en droit du numérique. C’est un phénomène qui monte en puissance et qui est porteur pour nos étudiants. Puis, pour une minorité, les études de droit ont la spécificité d’apporter une formation à l’écrit à l’oral et au raisonnement mais qui est déclinable dans d’autres disciplines.

AJ : Quelles sont les disciplines du droit qui attirent les étudiants de l’UVSQ ?

M.-E. B. : Le droit international a toujours attiré se déclinant autour des affaires et du commerce international. L’arbitrage est aussi un pôle d’attractivité. Le droit du numérique est très demandé et débouche sur les métiers de la compliance évoqués auparavant. Le juriste généraliste aussi est un vivier important pour les activités juridiques avec le droit des affaires, particulièrement attrayant pour les étudiants. Cette discipline permet des débouchés professionnels extrêmement demandés. Cependant, selon moi, la spécialisation est une bonne chose mais elle doit arriver tardivement. Un bon juriste formé et généraliste va pouvoir entrer dans un cabinet d’avocat et se spécialiser ensuite dans différentes branches du droit.

Université : « Après la crise sanitaire, un rattrapage va se faire en termes de méthode, de niveau par les étudiants »
Rentrée solennelle UVSQ

 

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