Essonne (91)

Bertrand Gaume est le nouveau préfet de l’Essonne

Publié le 28/09/2022 - mis à jour le 28/09/2022 à 10H06

Nommé cet été comme nouveau préfet de l’Essonne (91), Bertrand Gaume a officiellement pris ses fonctions le 23 août dernier. Pour Actu-Juridique, il revient en détail sur son parcours et les enjeux qui l’attendent sur ce territoire qu’il découvre petit à petit.

Bertrand Gaume, nouveau préfet de l’Essonne

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« J’ai un CDD renouvelable toutes les semaines », s’amusait-il lors de la conférence de presse en août dernier. L’ancien préfet du Vaucluse espère cependant « rester ici un certain temps ». Ici, c’est à son nouveau poste, en tant que préfet de l’Essonne, « un département que je ne connais pas vraiment, à part pour l’avoir traversé quelques fois en train »…

« Un vrai choix »

Fils de cheminot et d’une femme de ménage à la Ville de Clermont-Ferrand, Bertrand Gaume obtient son bac D avant d’intégrer Sciences Po à Lyon. « À ce moment-là, je me suis dit pourquoi pas les concours administratifs, nous confie-t-il. J’ai passé les concours en 1998 et j’ai obtenu l’École nationale d’administration (ENA). À la fin de la scolarité j’aurais pu aller en ministère mais j’ai fait le choix de commencer par la préfectorale ».

Durant sa carrière, Bertrand Gaume, aujourd’hui 47 ans, a été deux fois directeur de cabinet de préfet de région à Besançon et Bordeaux, puis chef de cabinet du préfet de police à Paris. Il a ensuite été chef du bureau central des cultes de 2008 à 2011 ; sous-directeur au ministère de la Défense en 2011-2012 ; direc­teur de cabi­net auprès du ministre chargé de la Consommation et de l’Économie sociale de 2012 à 2014 puis auprès du ministre de l’Éducation nationale de 2014 à 2015 ; avant d’être nommé préfet de la Corrèze en 2015 jusqu’en juin 2018 et préfet du Vaucluse de 2018 à 2022.

« C’est un vrai choix à la sortie de l’ENA de choisir une carrière qui allie la dimension juridique et territoriale, notamment la territorialisation des politiques publiques, et d’être auprès des réalités », poursuit-il. Pour lui, le métier de préfet permet d’être sur le terrain et de « trouver des solutions aux problèmes des gens » !

Ses priorités, la sécurité

Bertrand Gaume retrouve à ses côtés Jean-Marc Luca, nouveau directeur départemental de la sécurité publique de l’Essonne (DDSP), qui a occupé le même poste en Vaucluse. Il le rejoint sur deux sujets principaux : les rixes et le trafic de stupéfiant. Tout juste arrivé dans le département, le préfet découvre l’ampleur des violences interquartiers. « Des rivalités de quartier sont parfois ancestrales et on ne sait plus très bien pourquoi », constate-t-il.

Des initiatives de prévention sont déjà mises en place et fonctionnent « plutôt bien », selon lui, comme les dispositifs de partage d’information le plus immédiat possible (entre enseignants et la police par exemple), à travers des boucles de messageries instantanées. « Le travail de prévention porte ses fruits. Des rixes sont déjouées en amont. Quand, malheureusement, nous n’arrivons pas à les déjouer, nous retrouvons très rapidement les auteurs, qui sont ensuite présentés à la justice ». L’objectif est donc d’amplifier le travail en amont, ce qui sera l’objet d’un plan de prévention, s’appuyant sur les collectivités territoriales. « Les tensions démarrent dès l’école primaire. Quand on intervient au passage entre le collège et le lycée, c’est souvent trop tard ».

Si le Bertrand Gaume a été confronté aux trafics de stupéfiants dans le Vaucluse, les rixes lui sont quasi inconnues : « C’est un phénomène très francilien. Dans le Vaucluse, j’ai été confronté aux problèmes de trafic de stupéfiants et à de nombreux règlements de compte, mais ce n’est pas la même chose. Nous allons soutenir toutes les initiatives qui vont être mises en œuvre pour de la prévention. Ça se travaille de manière globale avec les collectivités territoriales, les communes et le conseil départemental, dans une dimension partenariale. »

Ces sujets ne sont pas devenus des priorités par hasard pour le préfet : « Ce sont des problématiques essonniennes qui constituent des priorités pour pouvoir agir sur la délinquance. Il s’agit de faire en sorte que les habitants de ces quartiers et les jeunes qui y grandissent aient des dynamiques de vie le plus conforme à leur capacité et leur talent. Quand des jeunes en viennent aux mains et à la mort, ce n’est pas une perspective réjouissante pour la jeunesse. »

C’est pourquoi « intégration et insertion vont aussi me mobiliser avec une préfète déléguée à l’égalité des chances », qui aura pour mission de traiter des sujets économiques et sociaux, comme la lutte contre les tensions de recrutement. « Le département a un taux de chômage qui est à 6,3 %, ce qui un taux plus faible que la moyenne nationale mais pour autant il y a des quartiers où ce taux est plus fort que la moyenne nationale. Nous allons tout mettre en œuvre pour remettre les personnes éloignées sur le chemin de l’emploi. »

Cybercriminalité : « une menace claire »

Difficile d’échapper au thème de la cybercriminalité pour Bertrand Gaume alors que sa conférence de presse était organisée quelques jours à peine après la cyberattaque subie par le centre hospitalier Sud Francilien. « Ce qu’il s’est passé est une menace claire qui pèse aujourd’hui sur l’ensemble de nos systèmes humains, puisque les systèmes d’information sont au cœur de nos vies », avait-il alors déclaré.

Le préfet ne découvre pas la question pour autant. Déjà dans le Vaucluse il avait mis en place un plan d’action sur la cybersécurité avec des actions de sensibilisation. « Nous savons bien que dans la cybersécurité, il n’y a pas qu’une seule porte d’entrée à surveiller mais l’ensemble des points d’accès à un site. Plus la maille est fine, plus on a des choses à surveiller. Nous avons eu des collectivités locales qui ont pu subir ce type d’attaques, suscitant un gros désordre. Dans nos sociétés, la numérisation et la dépendance à la machine informatique nécessitent de nous mobiliser sur ces sujets-là. C’est par ailleurs très souvent des difficultés humaines ou des imprudences qui sont à l’origine de phénomène de hacking, notamment via des appareils externes. Il y a donc une vraie culture de la sécurité à développer dans nos organisations publiques comme privées, grandes comme petites. »

Une manière de faire « pragmatique »

En poste depuis quelques semaines à peine, Bertrand Gaume poursuit les visites de tous les grands élus, parlementaires, maires, présidents des intercommunales de l’Essonne. Mais il prend aussi le temps de connaître et découvrir son territoire. Le premier week-end suivant sa prise de fonction, il participait à l’inauguration de la foire rurale de Moigny-sur-École. Il a ainsi « pu constater que le département est très divers, très urbain avec des enjeux des quartiers politiques de la ville, et des enjeux de ruralité avec les questions de mobilité, de présence des services publics, de l’accès aux soins ou aux services à la personne ».

Un autre de ses week-ends était occupé par la Festival de la terre d’Île-de-France, organisé par de jeunes agriculteurs à Saclay. « C’est un département qui reste marqué par les espaces agricoles et naturels avec plusieurs centaines d’agriculteurs. C’était très intéressant de se trouver sur le plateau de Saclay où se côtoient des centres de recherche de pointe et des entreprises de hauts niveaux de développement technologique. »

L’agriculture fait partie de ses thèmes privilégiés. Bertrand Gaume retrouve dans l’Essonne les enjeux de la transition énergétique, avec comme challenge la préservation des espaces naturels, mais aussi la nécessité de productions de qualité à proximité des villes, en développant le circuit court.

Pour mener à bien toutes ses missions, Bertrand Gaume compte sur sa « manière de faire, le préfet, est plutôt très pragmatique ». « J’essaye d’être le plus souvent au contact des acteurs locaux, des collectivités territoriales, des entreprises et des associations. Évidemment, même si je représente l’État dans ce département, celles et ceux qui le vivent au quotidien sont des connaisseurs sur qui s’appuyer pour développer des politiques publiques. On ne le fait pas de la même façon qu’on soit à Avignon, Brive-la-Gaillarde ou Saclay. C’est ce côté pratique que je veux pouvoir mettre en œuvre. Ce qui ne veut pas dire qu’on contrevient à la règle commune. Mettre en œuvre les réformes sur ce dernier kilomètre c’est savoir prendre en compte les spécificités de chaque territoire. »

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