Tournée d’été des barreaux pour le bâtonnier parisien

Publié le 28/08/2017

Frédéric Sicard, bâtonnier de Paris, a entamé en juin dernier une tournée à la rencontre des bâtonniers de province. L’opération, qui avait déjà été conduite l’année précédente, se veut avant tout un espace de dialogue autour des problématiques que rencontre la justice aujourd’hui.

Garantie de l’accès au droit pour l’ensemble des citoyens, protection du secret professionnel, développement des legaltechs ou encore dispositions de l’état d’urgence : autant de problématiques de premier plan qui concernent directement les avocats français. Afin d’échanger sur ces sujets et de réfléchir aux intérêts de la profession, Frédéric Sicard, bâtonnier de Paris, a initié une série de rencontres avec ses homologues de province. Entamé le 15 juin dernier avec les bâtonniers des Hauts-de-France à Arras, ce circuit estival s’est poursuivi à Lyon le 12 juillet à l’occasion de la COBRA (Conférence des barreaux de Rhône-Alpes) dans un esprit qui se revendique de « dialogue et mobilisation des acteurs de la justice ». Prendre le pouls des réalités de la profession sur le terrain en régions et échanger sur les grands enjeux de la justice certes, mais la tournée du bâtonnier parisien, dont la fin de mandat approche, semble également présager d’une éventuelle candidature à la présidence du Conseil national des barreaux (CNB). Les rencontres avec les barreaux de province se poursuivront à la rentrée avec Saint-Malo d’abord, puis avec une rencontre à Montpellier le 30 septembre.

LPA – Quel est l’objectif de cette tournée à la rencontre des bâtonniers de province ?

Frédéric Sicard – Je souhaite que les bâtonniers de province et de Paris se rapprochent, je crois au dialogue et il s’agit selon moi du premier pas vers l’unité. En y regardant de plus près, on réalise que nous avons des problématiques qui sont souvent très proches. Il peut donc être particulièrement utile de regarder la façon dont les autres barreaux traitent leurs problèmes, car les solutions qu’ils transposent peuvent parfois être transposées ailleurs. L’avantage de ce format de rencontre est aussi de pouvoir établir un dialogue de proximité. Je ne refuse évidemment pas de me rendre à la Conférence, mais je peux ici rencontrer les bâtonniers de manière individuelle et approfondir les sujets évoqués. Cette tournée avait déjà eu lieu l’année dernière et au début de mon mandat, reprendre une dernière fois l’exercice est donc également un moyen de pérenniser ces rapprochements. Je sais d’ailleurs que Mme la bâtonnière Peyron possède ce même souci de connaître nos homologues des autres barreaux afin de mieux se comprendre. Ce qui est d’autant plus important le jour où des désaccords apparaissent entre nous. Enfin, au moment de quitter mon mandat, cette tournée était aussi l’occasion d’échanger sur l’avenir du barreau et ses objectifs.

LPA – Quels ont été les sujets évoqués ?

F. S. – Un problème spécifique que rencontrent les barreaux de province et que l’on ne retrouve pas à Paris est le maillage territorial. C’est un principe constitutionnel qui renvoie à la place même de l’avocat sur le territoire et à son rôle comme lien social. Cela se rapproche de mon souci sur la constitutionnalisation du statut de l’avocat et des principes de son indépendance et de son secret professionnel. La question de notre positionnement face au développement d’une justice numérique s’est aussi posée à l’heure où l’on parle de décision électronique et de mise en état électronique. Sur ce point je pense que nous devons savoir ce que nous sommes prêts à accepter ou à refuser et la manière dont nous pouvons collaborer avec les pouvoirs publics. Enfin, c’est une bonne chose que l’on parle de mutualisation entre les différents barreaux. Je tiens beaucoup à la carte professionnelle que nous sommes parvenus à mettre en place à Paris. Sur ce sujet il y a justement une vraie demande en province pour bénéficier d’un régime identique, avec les mêmes règles de déplacement à l’intérieur des palais. De mon côté, je suis prêt à partager ce projet avec eux pour qu’il puisse profiter des mêmes solutions techniques que leurs confrères parisiens.

LPA – Le barreau de Paris a-t-il pour autant vocation à être un porte-parole des revendications des autres barreaux ?

F. S. – Au contraire, je reste persuadé que chaque barreau doit porter sa propre parole et loin de moi l’idée de prétendre représenter les positions des autres. Il s’agit plutôt d’un exercice de coordination et d’échange, car nous avons un grand nombre de points communs et de sujets sur lesquels nous nous retrouvons.

LPA – Sous quel œil le barreau de Paris voit-il la nomination de Nicole Belloubet au ministère de la Justice ?

F. S. – Nous observons les choses d’un œil attentif. La nouvelle garde des Sceaux est manifestement une juriste, cela rend l’instauration d’un dialogue plus évident. Pour le moment il semble que le dossier de la loi de la moralisation de la vie publique, cher au président, soit la priorité du ministère. Cependant, nous avons d’ores et déjà pu entendre des déclarations inquiétantes au sujet du budget de la justice : on a du mal à voir comment on pourrait réduire celui-ci alors que nous sommes déjà dans une situation de tension proche de la rupture. Il a notamment été annoncé qu’on demandera des efforts en matière immobilière, je suis là aussi surpris puisqu’à l’exception du nouveau TGI de Paris je ne vois pas où cette réduction pourrait avoir lieu, ce qui n’a évidemment pas de sens à ce stade du processus. Si le principe d’un effort général défendu par le président de la République est tout à fait respectable, il ne me semble pas judicieux de s’attaquer à un ministère qui a déjà 30 ans d’efforts derrière lui et dont les budgets ont été rognés au maximum. En parallèle, il y a des éléments intéressants dans le projet présidentiel pour la justice. Mais il en existe deux lectures possibles aujourd’hui, l’une peut être positive, l’autre catastrophique. Il est pour l’instant impossible de dire dans quelle direction nous allons.

LPA – Quels seront les grands chantiers de la rentrée ? –

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Référence : LPA 28 Août. 2017, n° 129b2, p.3

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