Pierre Joxe nommé médiateur de la Seine-Saint-Denis

Publié le 01/06/2016

Le 10 mai dernier, à l’occasion d’une cérémonie à l’hôtel du département, le président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, a présenté le nouveau médiateur de la Seine-Saint-Denis : Pierre Joxe. L’ancien ministre, qui a assuré parmi les postes les plus importants de la Ve République, se consacre donc aujourd’hui à une nouvelle mission, au service des citoyens et au plus proche de leurs préoccupations.

« Lorsqu’on m’a proposé ce poste, je me suis dit que je ne pouvais pas être un éternel débutant », plaisante Pierre Joxe. « Il y a quelques années à l’âge de la retraite, j’ai commencé une carrière d’avocat débutant, maintenant me voilà médiateur débutant » ! Du haut de ses 81 ans, la personnalité politique de gauche ne manque en effet pas d’expérience : député, ministre de l’Industrie, puis de la Défense, ainsi que par deux fois de l’Intérieur sous François Mitterrand, premier président de la Cour des comptes (1993 – 2001) et membre du Conseil constitutionnel (2001 – 2010). Au terme d’une carrière exemplaire, Pierre Joxe semble être passé aux postes les plus prestigieux de la République et possède, à ce titre, une expertise précieuse. Hasard du calendrier ou clin d’œil historique, c’est exactement 35 ans après la première élection de François Mitterrand qu’il est nommé médiateur de la Seine-Saint-Denis.

Un poste qu’il a accepté de manière bénévole, et qui lui permet aujourd’hui de s’engager pour les citoyens du département en difficulté avec l’Administration, mais aussi d’œuvrer pour la justice sociale. « Les gens ont beaucoup de droits ouverts, mais ces derniers ne sont pas toujours appliqués », explique-t-il, avant de souligner les fortes inégalités en matière de justice qui existe entre les différents départements et territoires français. Et notamment de prendre en exemple la région parisienne : « Entre la Seine-Saint-Denis, ancien département industriel fort, et celui des Hauts-de-Seine qui repose tel un émirat du Koweït sur un puits de pétrole en matière fiscale, il y a une telle différence que la même politique sociale est appliquée de manière très différente à seulement quelques kilomètres de distance ». Après avoir œuvré durant les quatre dernières années comme avocat au service des mineurs, notamment au barreau de Bobigny, c’est donc bien la volonté de poursuivre un combat pour le droit et l’égalité sociale qui pousse l’ancien ministre à accepter sa nouvelle fonction.

De son côté Stéphane Troussel, président du département, n’a pas hésité à clamer haut et fort sa fierté de voir « un grand défenseur des droits » nommé à ce poste. Tout en rappelant dans son discours que la Seine-Saint-Denis est à la fois le département le plus jeune, mais aussi le plus pauvre de France, il a tenu à remercier « l’engagement militant » de Pierre Joxe qui, selon ses mots « croit comme moi qu’ici se construit la France de demain, une France solidaire, innovante et métissée. Une France qui fait de l’égalité son cheval de bataille ».

Mise en place en 2009 par Claude Bartolone, la médiature départementale est compétente dans tous les domaines où les services départementaux agissent (crèches, aide aux personnes âgées, aide sociale à l’enfance, collèges, voirie, parcs départementaux, voirie, eau et assainissement, etc.), et a été conçue comme un outil de dialogue et d’écoute avec les citoyens de la Seine-Saint-Denis. La seule condition pour y faire appel est d’avoir échoué dans ses démarches préalables auprès du service concerné. Dans le département, 60 000 ménages sont accompagnés chaque année par les services sociaux et plus de 300 000 passages sont recensés aux accueils de ces services. Des chiffres qui montrent l’importance d’un tel outil, d’autant qu’avec 74 % de résolution favorable au requérant dans les dossiers instruits, la médiature montre de solides résultats depuis sa création. Stéphane Troussel, président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, nous livre les raisons qui l’ont conduit à nommer Pierre Joxe comme médiateur du département.

LPA – Quel sera le rôle de Pierre Joxe en tant que médiateur du département ?

Stéphane Troussel – Il va d’abord assumer cette fonction de médiateur qui consiste à servir de relais entre le service public départemental et nos usagers. Lorsqu’un citoyen conteste une décision, souhaite sa révision ou s’interroge sur les critères qui ont précédé une décision, il peut faire appel à ce médiateur. Le rôle principal consiste donc à aider des personnes fragilisées ou désarmées, à réexaminer ou expliquer des décisions prises par le service public. Mais Pierre Joxe n’est pas une personnalité ordinaire, de par son parcours, ses prises de position (je pense notamment à celle sur la justice des mineurs ou la déchéance de nationalité plus récemment) il a aussi un point de vue fort sur ce que représente la Seine-Saint-Denis. Il comprend la responsabilité que possède ce département au plan social. Enfin, Pierre Joxe devient de facto un ambassadeur à l’échelle nationale pour la Seine-Saint-Denis. Afin de faire valoir les droits de notre département et de privilégier l’égalité.

LPA – Dans son discours, Pierre Joxe expliquait que vous avez insisté pour qu’il accepte ce poste, pourquoi lui ?

S. T. – Pour être très honnête, il était initialement venu me voir pour parler de toute autre chose. Pierre Joxe est un grand mélomane et il voulait attirer mon attention sur l’installation de la Philharmonie dans le XIXe arrondissement de Paris. Et notamment sur l’importance de créer des liens avec notre territoire pour renouveler les publics touchés par ce type d’établissement culturel. À cette période, je savais que le médiateur qui avait auparavant assumé la fonction souhaitait cesser cette activité pour des raisons personnelles. J’ai profité de l’occasion pour proposer à Pierre Joxe de prendre ce rôle, car je connais ses convictions et j’étais persuadé qu’il serait un excellent médiateur pour notre département.

LPA – Comment est-ce que son expérience à de très hauts postes de l’État va lui servir dans ce poste ?

S. T. – Il a une connaissance des juridictions sociales, des institutions, de la fonction publique et de l’Administration de notre pays. Ce qui lui sera d’autant plus utile quand il s’agira de démêler des situations complexes.

Sa personnalité, sa grande rigueur et son autorité seront aussi des atouts indéniables pour faire avancer un certain nombre de situations. Les gens qui nous sollicitent ne le font pas uniquement sur des dossiers concernant le service public départemental, parfois cela concerne d’autres institutions et le médiateur a aussi pour missions de les interpeller pour aider à améliorer des situations difficiles. Son autorité ne peut donc qu’aider.

LPA – Est-ce que ce rôle de médiateur est plus important en Seine-Saint-Denis encore qu’ailleurs ?

S. T. – Je pense qu’on peut l’affirmer oui. Comme l’expliquait Pierre Joxe dans son discours, la République proclame des droits, les citoyens de ce département doivent donc avoir accès à ces droits, et bien souvent hélas, le service public départemental chargé de l’application et de la mise en œuvre d’un certain nombre de droits sociaux n’en a pas les moyens. Donc oui, si parfois les citoyens et usagers du service public considèrent que leurs droits ne sont pas correctement rendus, c’est aussi parce que la Seine-Saint-Denis n’a pas forcément les mêmes moyens que d’autres pour exercer correctement ces droits.

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Référence : LPA 01 Juin. 2016, n° 116r8, p.4

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