Procès des attentats du 13 novembre : une belle leçon de vie !

Publié le 05/07/2022 - mis à jour le 05/07/2022 à 16H51

Le procès des attentats du 13 novembre s’est achevé. Il restera gravé à jamais dans la mémoire de tous ceux qui y ont participé. Me Julia Courvoisier, qui y défendait un couple de rescapés, salue la très belle leçon de vie offerte par les victimes. 

Palais de justice de Paris
Palais de justice de Paris (Photo : @P. Cluzeau)

L’heure est venue pour moi d’écrire un dernier article au sujet de ce procès hors norme qui vient de se terminer sur de lourdes condamnations pénales, notamment plusieurs peines de réclusion criminelle incompressible. Mais aussi des condamnations prenant en compte la personnalité de trois des accusés qui comparaissaient libres et qui sont ressortis libres.

Je pourrais vous parler de ces avocats de parties civiles qui ont donné tout leur temps, toute leur énergie, au détriment de leur vie privée et du fonctionnement de leur cabinet et qui forcent mon respect.

Je pourrais vous parler de ces avocats de la défense talentueux, qui ont fait un travail impressionnant de compréhension des faits, d’étude minutieuse du dossier et de contradictoire lors de ces longues journées d’audience. Ils ont tous fait honneur à notre robe, et surtout, au serment que nous avons prêté afin de devenir avocat.

Je pourrais aussi vous parler des encadrants, des aidants, des gendarmes, indispensables à cette scène judiciaire hors du commun. Et de tous ces visages croisés depuis le 8 septembre dernier : ceux qui devaient s’assurer que tout était en ordre, que tout fonctionnait, que les badges étaient correctement édités… Il y aurait tellement de choses à dire. Leur implication, leur présence, leur compréhension.

Merci à eux. Merci du fond du cœur.

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J’ai attendu quelques jours avant de prendre ma plume pour coucher ces derniers mots. Il est temps d’inscrire ces 10 mois dans le passé et d’aller de l’avant.

Je voulais, évidemment, prendre le temps de souffler un peu. Et puis aussi, me souvenir. Ne plus être dans l’émotion du délibéré, dans les sentiments très spéciaux qui nous ont tous envahis mercredi aux alentours de 21 heures.

Je ne voulais pas commenter les peines prononcées par la cour d’assises spécialement composée.

À mon sens, mon rôle n’est pas de saluer le prononcé d’une réclusion criminelle à perpétuité ; mon unique mission consistait à faire entendre la parole de mes clients, à expliquer ce qu’ils avaient vécu et comment ils avaient évolué depuis cet atroce soir du 13 novembre 2015.

Chaque avocat voit midi à sa porte et chacun fait donc comme bon lui semble à ce sujet. Et personne n’a à y redire.

Mais depuis que l’émotion est retombée, nous nous posons tous la même question : quelle trace va laisser ce procès dans nos vies ? Et plus spécialement dans la vie d’un avocat ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que bien souvent, les débats médiatiques sur la justice sont à mille lieues de ce que l’on vit dans les tribunaux et dans les cours d’assises. Du côté des parties civiles, on y voit de la douleur, évidemment, mais aussi, très souvent, de la dignité et de la compréhension.

Du côté de la défense, on y voit aussi des excuses, des explications, et souvent, une évolution. Tous les accusés ne sont pas des monstres sanguinaires et le procès pénal est en réalité le cœur de l’humanité, le cœur de notre société, dans toute sa complexité. Dans un procès pénal, on apprend vite que tout n’est pas soit blanc, soit noir, mais que le dossier qui doit être jugé s’inscrit dans un large éventail de nuances.

Pendant plusieurs semaines, les parties civiles, les victimes des attentats du 13 novembre 2015, ont eu la parole. J’ai beaucoup écrit à leur sujet, j’ai aussi beaucoup pleuré. Y compris en audience et je n’ai pas été la seule.

J’ai appris que l’on ne se remet pas du pire dans la haine.

On ne se remet pas de la terreur dans la colère.

La haine, la colère, la volonté de vengeance prennent trop d’énergie. Et empêchent de continuer sa vie et de faire son deuil.

Beaucoup l’ont dit lors de leurs dépositions.

Beaucoup nous l’ont expliqué.

Alors je crois que ce procès nous a donné à tous une leçon de vie.

Une leçon de tolérance et d’intelligence du cœur dans notre société qui, soyons honnête, est de plus en plus violente et haineuse.

Depuis le fond de l’immense douleur dans laquelle les attentats les ont plongées, les victimes ont fait sortir une lumière. Leur lumière. Une lumière parfois éblouissante, j’ose le dire.

Et c’est admirable.

Nous avons assisté, depuis le 8 septembre dernier, à un défilé de force, de courage et de beauté de l’âme humaine.

Je dis souvent que l’avocat n’est rien sans son client et que nos clients nous apportent bien plus que ce que nous pouvons faire pour eux.

Je n’en ai jamais autant été persuadée qu’après ces 10 mois de procès.

Cette admiration, je la garderai dans mon cœur jusqu’à la fin de mon existence. Et je ne vous cache pas que je ne me suis jamais sentie aussi petite en croisant toutes ces forces de vie, toutes ces personnalités lumineuses.

Face à la terreur de ce soir-là, toutes ces victimes ont pu, et il faut les en remercier, faire sortir une lumière dont nous ne soupçonnions pas l’existence.

Admirons-les.

Remercions-les.

Souvenons-nous de chacun d’elles pour cela.

Soyons humbles face à tant de beauté humaine.

Et ne les oublions jamais.

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